Un évêque s'est levé!  Index du Forum

Un évêque s'est levé!
Forum

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 



 SOUTIEN A NOS EVÊQUES, PRÊTRES, RELIGIEUX, RELIGIEUSES REFRACTAIRES 


           
Du bon usage de la contradiction

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Un évêque s'est levé! Index du Forum -> ARCHIVES -> PRETRES REFRACTAIRES -> antiModernisme.info
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Gentiloup
Admin

Hors ligne

Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 884

MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013, 21:25    Sujet du message: Du bon usage de la contradiction Répondre en citant

Posté le: Mar 11 Sep 2012 - 20:38    Sujet du message: Du bon usage de la contradiction


Monseigneur FELLAY affirme dans sa lettre du 14 avril 2012 : « cette dialectique entre vérité/foi et autorité est contraire à l’esprit sacerdotal ». Cette affirmation parait bien discutable, tous les martyrs ayant dû à un moment choisir entre la confession de la foi et les pressions de l’autorité. Un choix, et donc une opposition, n’est pas en soi une opération dialectique.

  
Ce type de propos est souvent repris dans les échanges sur la crise actuelle dans l’Eglise : « Vous faites de la dialectique ! ». Accusation définitive… Ne nous laissons pas impressionner. Il s’agit d’une méprise sur le terme de « dialectique » qui résonne de son usage moderne, à l’école d’Hegel et de Marx, avec le fameux « thèse – antithèse – synthèse ». Pourtant, comment nier qu’il est parfois nécessaire de s’opposer ? Se poser cette question c’est aborder le problème de l’usage raisonnable du principe du contradictoire, ce qui revient à répondre aux questions suivantes :
 la contradiction est-elle un mal en soi ?
 toute contradiction est-elle bonne ?


1. La contradiction est-elle un mal en soi ?
Toute œuvre intellectuelle, toute idée, gagne à se heurter à la contradiction pour tendre plus parfaitement vers le vrai. La cause réside dans notre nature même, qui n’appréhende pas la vérité directement comme les anges, mais par un travail de maturation par le raisonnement.
Dans la pratique, deux familles de cas sont à considérer.
Première famille : l’idée se concrétisera dans une réalisation matérielle.
Dans ce cas, l’idée pourra être contredite à l’envie tant que le passage au concret n’est pas entrepris. La projection dans le réel est la contradiction définitive. L’idée sera qualifiée de bonne, mauvaise voire détestable et ce qualificatif pourra même faire l’objet d’unanimité selon son impact dans le réel. On peut appliquer cela à une recette de cuisine, la construction d’une voiture, la conception d’un voilier etc.
L’épreuve de la réalité est le fouet qui conduit au vrai, ou le rocher sur lequel se brisent les illusions.
Deuxième famille : il s’agit d’un concept pur, un point de doctrine par exemple.
On ne sort pas de l’abstraction. L’ancrage dans le réel est faible, voire tellement éloigné qu’il existe un plus grand risque d’erreur « de bonne foi ». Cela appelle une approche plus prudente. Qu’enseigne la vertu de prudence ? Qu’il convient de prendre conseil.
Distinguons deux sources de conseil : les conseils autorisés (hiérarchie, confesseur, savants…) et ceux de nos contradicteurs. Force est de constater que la crise a profondément altéré les conseils autorisés. Le caractère majeur de la crise est une défection de l’autorité. Certains rêvent d’aider, soutenir, voire remplacer l’autorité défaillante par des assemblées, des structures, des contre-pouvoirs. Mais c’est vain. Qui contrôle ces assemblées et autres contre-pouvoirs ? Dieu est le principe de l’autorité (« tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut » Jn XIX, 11). L’altération de l’autorité est un châtiment. Son remède est en Dieu. Face à l’autorité défaillante, il reste la deuxième source de conseil : la contradiction, dont on peut attendre deux bienfaits :
• la contradiction révèle à l’auteur que son œuvre, ou sa thèse, qu’il pensait bonne, est mauvaise. La voie est alors ouverte à une reformulation, voire à l’abandon pur et simple de la thèse en question.
• la contradiction révèle que la thèse est bonne mais perfectible, et fournit à son auteur des occasions d’exprimer de nouveaux arguments pour l’étayer, ou bien d’en clarifier l’expression, voire de la corriger.
D’ailleurs, le procédé de la contradiction est très répandu. Quelques exemples :
 l’Eglise en a toujours fait un large usage. Aucune œuvre humaine n’a subi d’assauts comme Elle en a subi et en subit encore. Hérésie après hérésie (Opportet haereses esse), de multiples attaques ont conduit à travers les âges au renforcement de la doctrine, non à son altération. L’Eglise s’en inspire aussi dans sa recherche de la vérité (exemples : le sed contra du raisonnement scolastique ; l’avocat du diable dans l’instruction des cas de canonisation…) comme dans le fonctionnement de ses organes délibérants ou consultatifs (chapitres, conseils, synodes, conciles…) ;
 le droit, lui-aussi, recourt à la contradiction. C’était déjà le cas dans le droit romain.
De nos jours, le respect du contradictoire est un critère de validité des rapports des experts et des jugements des tribunaux ;
 l’université fait usage des mêmes principes dans le fonctionnement de ses jurys pour l’attribution des plus hauts grades.
Il n’est pas jusqu’à de simples conférences où l’exposé se termine par un exercice de questions ouvert au public. La recherche, l’amour de la vérité, s’accompagne nécessairement de l’acceptation de la contradiction. La contradiction, qui paraît, dans une approche superficielle, s’opposer à la vérité, en réalité, la sert de façon efficace. Elle n’est pas mauvaise en soi et s’intègre très bien dans l’exercice de la vertu de prudence.


2. Toute contradiction est-elle bonne ?
A ce niveau, il est important de souligner que la vérité ne découle pas de la contradiction en elle-même, et notamment, la recherche de la vérité ne peut pas être effectuée seulement par l’opposition d’opinions contraires. Il s’agit là d’une déviation commune aux sociétés de pensée et aux assemblées modernes. C’est le mérite d’Augustin COCHIN de montrer que ces sociétés de pensée dérivent toujours en politique vers la révolution la plus radicale, allant de la « Bastille » aux « massacres de septembre ».
Pour quelles raisons ? Parce que :
 ce sont des assemblées d’égaux ;
 la « vérité », résultant de l’opposition d’opinions diverses, est « construite » en séance. La « pensée » de telles assemblées dérive selon diverses modalités, mais, quel que soit le sujet (politique ou religieux), quelle que soit la valeur morale des membres (franches canailles ou membres d’une honorable fraternité religieuse), aucune ne peut se prévaloir d’avoir conduit à l’excellence et au vrai.
A partir de là, il convient alors de cerner les conditions pour que la contradiction soit constructive. Sans prétendre fermer cette question, on peut proposer :
 la contradiction s’exerce envers l’autorité reconnue comme telle, ou envers un égal mais sous la responsabilité de l’autorité, éventuellement face à elle ;
 la contradiction n’est pas un exercice de pure polémique verbale, mais une réflexion fondée et argumentée.
On voit donc que la contradiction, loin d’être une contestation de l’autorité, s’exerce à son profit. En conséquence :
 l’autorité qui aime vraiment la vérité ne craint pas la contradiction. Elle aura même le soin d’organiser ses conseils de façon à avoir autour d’elle de grands subordonnés qui ne pensent pas comme elle, par leur formation, leur nationalité, leur origine sociale etc.
 une autorité sape ses appuis en sanctionnant ses contradicteurs sur le seul motif qu’ils expriment des pensées divergentes, en imposant le silence à ses subordonnés au nom de l’obéissance. En matière de foi, imposer par la force, éventuellement assortie de sanctions, une pensée ou une thèse, fût-elle juste, revient à utiliser un mode de communication qui constitue à lui seul une erreur grave (Veritas liberabit vos, Jn VIII, 32).
La contradiction, pour être profitable, est nécessairement une réflexion construite et argumentée ; elle gagne toujours à être écrite. C’est ainsi que l’Eglise a toujours entendu les hérétiques, puis combattu leurs erreurs au moyen d’études approfondies, avant de les sanctionner. En témoignent la plupart des grandes encycliques qui se sont attaquées aux dérives de la pensée moderne (Quanta Cura et son Syllabus, Pascendi, la lettre sur le Sillon, Humani Generis…).
En fin de compte, la contradiction n’est pas systématiquement bonne. Celle cultivée dans les assemblées modernes et les sociétés de pensée, imprégnée de mauvaise dialectique, est destructrice. Mais exercée au profit de l’autorité, elle manifeste la vertu de prudence. Pour cela, loin de cultiver le secret, de menacer de sanctions l’expression même des objections, au pire de déchaîner la colère ou la violence verbale… il faut répondre ou faire répondre aux objections.


En conclusion,
L’argument de « la dialectique », c’est la « tarte à la crème » des mauvais débatteurs.
Il faut faire un choix entre la vérité et l’erreur. En matière de foi, on doit le faire en considérant l’avertissement du Seigneur : « Qui n’est pas avec moi, est contre moi. Qui n’amasse pas avec moi, dissipe ».
Revenons donc à des pratiques saines de communication :
 le vrai doit être enseigné, en particulier par l’autorité ;
 le fidèle adhère au vrai sans aliénation, librement ;
 à une thèse, bonne ou mauvaise, on répond par une thèse en contradiction, non par le « knout » ;
 la recherche de la vérité, surtout dans un débat religieux, ne se fait pas par la contrainte, le recours aux serments, la disqualification, la mise au silence ou une mutation à l’autre bout de la planète ;
 obéir n’est pas épouser la pensée du chef ;
 commander ne consiste pas à confisquer le cerveau de ses subordonnés.
Aucune prétendue grâce d’état ne saurait dispenser quiconque de l’application de ces bons principes.

http://www.antimodernisme.info/?Du-bon-usage-de-la-contradiction


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Dim 17 Fév 2013, 21:25    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Un évêque s'est levé! Index du Forum -> ARCHIVES -> PRETRES REFRACTAIRES -> antiModernisme.info Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | creer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com