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Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens

 
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N.M.
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MessagePosté le: Lun 9 Sep 2013, 20:53    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

 
Ce que l'historien Philippe Prévost (auquel se réfère Gentiloup) appelle « le dogme du Ralliement » est la pratique et l’enseignement constant de l’Eglise depuis les apôtres et les persécutions de l’empire romain. N’en déplaise à Philippe Prévost, les premiers chrétiens obéissaient aux empereurs païens, hormis le péché (d’où le martyre). C’est la raison pour laquelle les premiers chrétiens payaient l’impôt et servaient dans l’armée romaine (hormis les cas où, dans le cadre de l’armée, on leur demandait de sacrifier aux divinités).

Pourquoi ? Parce que légitime ou illégitime du point de vue de son origine, expressément catholique, maçon, païen ou nazi, « tout pouvoir vient de Dieu ». (cf. Romains 13, 1)

On prétend opposer d’une part l’enseignement de saint Pie X et d’autre part celui de Léon XIII, de Benoît XV et de Pie XI. Mais que nous enseigne saint Pie X, sinon l’obéissance des chrétiens au pouvoir temporel, même non-chrétien ? Que nous enseigne saint Pie X, sinon ce que Philippe Prévost appelle dédaigneusement et le « dogme du Ralliement » ?



« Non, il ne peut prétendre à l’amour, cet État, ce gouvernement, quel que soit le nom qu’on lui donne, qui, en faisant la guerre à la vérité, outrage ce qu’il y a dans l’homme de plus sacré. Il pourra se soutenir par la force matérielle, on le craindra sous la menace du glaive, on l’applaudira par hypocrisie, intérêt ou servilisme : on lui obéira parce que la religion prêche et ennoblit la soumission aux pouvoirs humains, pourvu qu’ils n’exigent pas ce qui est opposé à la sainte loi de Dieu. Mais si l’accomplissement de ces devoirs envers les pouvoirs humains, en ce qui est compatible avec le devoir envers Dieu, rendra l’obéissance plus méritoire, elle ne sera ni plus tendre, ni plus joyeuse, ni plus spontanée, jamais elle ne méritera le nom de vénération et d’amour. »

Saint Pie X, Allocution à des pèlerins français, 19 avril 1909.

Que voyons-nous ?

- « La religion prêche et ennoblit la soumission aux pouvoirs humains ».

- En raison de quoi « on lui obéira » : les catholiques doivent obéir au pouvoir temporel.

- Dans quelle mesure ? «Pourvu qu’ils [les pouvoirs humains] n’exigent pas ce qui est opposé à la sainte loi de Dieu ».

- Est-ce à dire que les catholiques n’ont plus du tout à obéir au pouvoir temporel dès lors qu’il exige « ce qui est opposé à la sainte loi de Dieu » ?

- Non, car « en ce qui est compatible avec le devoir envers Dieu », il faut continuer à observer « l’accomplissement de ces devoirs envers les pouvoirs humains ».

- Autrement dit, il faut obéir au pouvoir temporel « en ce qui est compatible avec le devoir envers Dieu », même lorsque, par ailleurs, ce même pouvoir « exige » « ce qui est opposé à la sainte loi de Dieu ». Sauf que dans ce dernier cas – et dans ce cas seulement – il ne peut plus être question d’obéissance.

Veut-on la confirmation de notre lecture ? La voici :

« Il nous est permis d’admirer en saint Charles [Borromée] d’illustres exemples ; et chacun peut, selon sa condition, y trouver matière à son imitation ou à son édification. […]

« La même louange et la même reconnaissance seront dues aux catholiques de notre temps et à leurs vaillants chefs, les évêques. Les uns et les autres ne manquent jamais à leurs devoirs de citoyens, soit qu’il leur faille observer la fidélité et le respect envers tous leurs maîtres, même impies, quand ils ordonnent les choses justes, soit qu’ils aient l’obligation de blâmer leurs ordres iniques. De la sorte, ils s’écartent également et de la licence effrénée à laquelle s’abandonnent les fauteurs de séditions et de troubles, et de la servile abjection de ceux qui accueillent comme des lois sacrées les décrets impies portés par les hommes les plus pervers qui, sous le couvert du nom menteur de liberté, établissent la confusion de tous les droits et imposent le joug de la plus dure servitude. »

Saint Pie X, Lettre-encyclique Editæ sæpe, 26 mai 1910.

Je me permets de souligner :

« Les uns et les autres ne manquent jamais à leurs devoirs de citoyens, soit qu’il leur faille observer la fidélité et le respect envers tous leurs maîtres, même impies, quand ils ordonnent les choses justes, soit qu’ils aient l’obligation de blâmer leurs ordres iniques. »

Même envers un pouvoir non-catholique (protestant, maçon, païen etc.) il faut « observer la fidélité et le respect » quand les maîtres du pouvoir en question « ordonnent les choses justes ».



« Recommandez en mon nom à vos frères lointains de ne pas oublier le respect et l’obéissance dues à l’autorité ecclésiastique et de se montrer révérents à toutes les autres [c’est-à-dire les autorités purement humaines]. Elles viennent de Dieu et comme telles exigent soumission et respect. Respectez les lois civiles faites pour maintenir l’ordre et la paix dans la société et rappelez-vous que pour respecter les lois humaines, il convient de respecter les divines. En effet, dès l’instant où l’on manque aux lois de Dieu et de l’Église, on rompt la barrière, on ouvre la voie à l’oubli du respect que l’on doit aux lois humaines, et on détruit tout l’ordre social.

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. C’est ainsi qu’en accomplissant votre devoir de chrétiens, vous serez en même temps de bons et fidèles citoyens. Respectez ces conseils et faites cette prière à vos frères lointains. Dites-leur que c’est le Pape qui le leur demande. »

Saint Pie X, Allocution aux pèlerins du Brésil, 28 septembre 1908.

Un cas d’école : saint Pie X prêche aux catholiques polonais (alors sous domination russe) l’obéissance au tsar Nicolas II, souverain russe et schismatique. Peut-on parler de Ralliement ?

« Les catholiques ont le devoir, au milieu des transformations et des bouleversements qui agitent actuellement l’empire de Russie et, par suite, la Pologne russe, de se maintenir dans la paix et dans l’ordre.

« À ce propos, tous aimeront à se rappeler les instructions que Notre prédécesseur [Léon XIII], d’heureuse mémoire, vous adressait le 19 mars 1894 : "Les sujets doivent toujours respect et fidélité à leurs princes comme à Dieu même, qui règne par leur intermédiaire ; ils doivent leur obéir non seulement par crainte, mais par conscience" [cf. Mt. 16, 26] ; "ils doivent prier, supplier, conjurer, remercier Dieu pour eux" [cf. Rom. 13, 5] ; ils doivent observer l’ordre saint établi dans la société, s’abstenir de tous les complots fomentés par les sectes malfaisantes, éviter toute sédition, contribuer enfin de toutes leurs forces au maintien de la paix et de la justice. »

Saint Pie X, Lettre Poloniæ populum à l’épiscopat de la Pologne russe, 3 décembre 1905.

Bien sûr, il est des cas où l'insurrection devient légitime. Et là... ô surprise pour beaucoup, c'est le pape Pie XI qui nous enseigne à quelles conditions il est légitime de s'insurger :
"Vous avez rappelé à vos fils, plus d'une fois, que l'Eglise préconise la paix et l'ordre, même au prix de lourds sacrifices, et qu'elle condamne toute insurrection ou violences injustes contre les pouvoirs constitués. D'autre part, vous avez aussi affirmé que si le cas se produit où ces pouvoirs constitués combattent ouvertement la justice et la vérité au point de détruire jusqu'aux fondements mêmes de l'autorité, on ne voit pas comment on pourrait condamner alors le fait que les citoyens s'unissent pour défendre la nation et se défendre eux-mêmes, par des moyens licites et appropriés, contre ceux qui se prévalent du pouvoir public pour entraîner le pays à la ruine."
Pie XI, Lettre-encyclique Firmissimam aux évêques du Mexique, 28 mars 1938.
Dans la suite de l'encyclique, Pie XI approuve manifestement la pensée qu'il attribue ici aux évêques mexicains (mais historiquement et de fait, dans le détail, ce serait sans doute autre chose) puis insiste sur la licéité des moyens employés en cas de juste insurrection (c'est-à-dire : la fin ne justifie pas les moyens).
Quoi qu'il en soit, Pie XI reprend à son compte - c'est-à-dire au compte de l'Eglise - l'enseignement attribué aux évêques selon lequel l'insurrection devient légitime lorsque l'action des pouvoirs constitués ruinent les "fondements même de [leur] autorité." Pour ce faire, il ne suffit pas que le pouvoir temporel "combatte" "la justice et la vérité". Il est nécessaire qu'il la combatte "au point de détruire jusqu'aux fondements mêmes de l'autorité".  
Entre parenthèses, dans l'Eglise, le fondement et la réalité de l'autorité, ce n'est pas seulement la poursuite du bien commun (comme c'est le cas pour le pouvoir temporel) mais la transmission du dépôt de la Révélation. Dès lors que la transmission du Dépôt est ruinée, l'autorité n'est plus qu'apparente et l'insurrection devient une nécessité. Rappelons aussi que les papes Pie VI et Grégoire XVI ont condamné la thèse janséniste (du synode de Pistoie - 78ème proposition) selon laquelle l'autorité pontificale pourrait promulguer une loi mauvaise. Fermons la parenthèse.
Donc on voit bien que l'enseignement des papes - de saint Pie X à Pie XI - s'il prêche l'obéissance au pouvoir temporel, même non-chrétien - c'est-à-dire qu'il prêche le "dogme du Ralliement", dixit Philippe Prévost - prêche également que l'on ne doit pas obéir aux lois (et aux ordres) contraires à la loi divine. Il prêche également que l'insurrection devient légitime lorsque le pouvoir réduit à néant son autorité.
Par conséquent il faut donner tort à Philippe Prévost sur le plan des principes. Ce qu'il appelle "le dogme du Ralliement" n'est autre chose que la doctrine catholique en la matière (et saint Pie X - notamment - en est témoin).
En revanche, Philippe Prévost apporte - après d'autres, mais en renouvelant l'approche historique - des faits indubitables qui montrent bien en effet qu'il y a eu - notamment sous Léon XIII et sous Pie XI - une politique de Ralliement qui a multiplié les imprudences et qui a avantagé dans l'Eglise, et notamment en France, les "modérés" au détriment des intransigeants. On pense bien évidement aux nominations épiscopales (surtout après 1926). Et quand on sait que les modérés étaient bien souvent des amis des crypto-modernistes voire des crypto-modernistes eux-mêmes, on comprend en effet que si Vatican II a été une rupture absolue, ladite rupture n'est pas advenue par génération spontanée.
Conclusion : il n'y a pas de rupture doctrinale entre saint Pie X d'une part, Léon XIII et Pie XI d'autre part. En revanche, saint Pie X d'une part, Léon XIII et Pie XI d'autre part n'ont pas mené la même politique (notamment en France). Saint Pie X a mené la politique la plus intransigeante, c'est-à-dire la politique la plus prudente.
N.M. 
  
  


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MessagePosté le: Lun 9 Sep 2013, 20:53    Sujet du message: Publicité

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N.M.
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MessagePosté le: Lun 9 Sep 2013, 20:57    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

 Erratum - manifestement je ne maîtrise pas du tout la technique de mise en page sur ce forum.

Voici donc les derniers paragraphes mis en forme de façon lisible (du moins je l'espère) :

Bien sûr, il est des cas où l'insurrection devient légitime. Et là... ô surprise pour beaucoup, c'est le pape Pie XI qui nous enseigne à quelles conditions il est légitime de s'insurger :

"Vous avez rappelé à vos fils, plus d'une fois, que l'Eglise préconise la paix et l'ordre, même au prix de lourds sacrifices, et qu'elle condamne toute insurrection ou violences injustes contre les pouvoirs constitués. D'autre part, vous avez aussi affirmé que si le cas se produit où ces pouvoirs constitués combattent ouvertement la justice et la vérité au point de détruire jusqu'aux fondements mêmes de l'autorité, on ne voit pas comment on pourrait condamner alors le fait que les citoyens s'unissent pour défendre la nation et se défendre eux-mêmes, par des moyens licites et appropriés, contre ceux qui se prévalent du pouvoir public pour entraîner le pays à la ruine."

Pie XI, Lettre-encyclique Firmissimam aux évêques du Mexique, 28 mars 1938.

Dans la suite de l'encyclique, Pie XI approuve manifestement la pensée qu'il attribue ici aux évêques mexicains (mais historiquement et de fait, dans le détail, ce serait sans doute autre chose) puis insiste sur la licéité des moyens employés en cas de juste insurrection (c'est-à-dire : la fin ne justifie pas les moyens).

Quoi qu'il en soit, Pie XI reprend à son compte - c'est-à-dire au compte de l'Eglise - l'enseignement attribué aux évêques selon lequel l'insurrection devient légitime lorsque l'action des pouvoirs constitués ruinent les "fondements même de [leur] autorité." Pour ce faire, il ne suffit pas que le pouvoir temporel "combatte" "la justice et la vérité". Il est nécessaire qu'il la combatte "au point de détruire jusqu'aux fondements mêmes de l'autorité".  


Entre parenthèses, dans l'Eglise, le fondement et la réalité de l'autorité, ce n'est pas seulement la poursuite du bien commun (comme c'est le cas pour le pouvoir temporel) mais la transmission du dépôt de la Révélation. Dès lors que la transmission du Dépôt est ruinée, l'autorité n'est plus qu'apparente et l'insurrection devient une nécessité. Rappelons aussi que les papes Pie VI et Grégoire XVI ont condamné la thèse janséniste (du synode de Pistoie - 78ème proposition) selon laquelle l'autorité pontificale pourrait promulguer une loi mauvaise. Fermons la parenthèse.

Donc on voit bien que l'enseignement des papes - de saint Pie X à Pie XI - s'il prêche l'obéissance au pouvoir temporel, même non-chrétien - c'est-à-dire qu'il prêche le "dogme du Ralliement", dixit Philippe Prévost - prêche également que l'on ne doit pas obéir aux lois (et aux ordres) contraires à la loi divine. Il prêche également que l'insurrection devient légitime lorsque le pouvoir réduit à néant son autorité.

Par conséquent il faut donner tort à Philippe Prévost sur le plan des principes. Ce qu'il appelle "le dogme du Ralliement" n'est autre chose que la doctrine catholique en la matière (et saint Pie X - notamment - en est témoin).

En revanche, Philippe Prévost apporte - après d'autres, mais en renouvelant l'approche historique - des faits indubitables qui montrent bien en effet qu'il y a eu - notamment sous Léon XIII et sous Pie XI - une politique de Ralliement qui a multiplié les imprudences et qui a avantagé dans l'Eglise, et notamment en France, les "modérés" au détriment des intransigeants. On pense bien évidement aux nominations épiscopales (surtout après 1926). Et quand on sait que les modérés étaient bien souvent des amis des crypto-modernistes voire des crypto-modernistes eux-mêmes, on comprend en effet que si Vatican II a été une rupture absolue, ladite rupture n'est pas advenue par génération spontanée.

Conclusion : il n'y a pas de rupture doctrinale entre saint Pie X d'une part, Léon XIII et Pie XI d'autre part. En revanche, saint Pie X d'une part, Léon XIII et Pie XI d'autre part n'ont pas mené la même politique (notamment en France). Saint Pie X a mené la politique la plus intransigeante, c'est-à-dire la politique la plus prudente.

N.M. 


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InNomineDomini
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Inscrit le: 01 Mar 2013
Messages: 142

MessagePosté le: Lun 9 Sep 2013, 22:11    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

N.M. a écrit:
  
Ce que l'historien Philippe Prévost (auquel se réfère Gentiloup) appelle « le dogme du Ralliement » est la pratique et l’enseignement constant de l’Eglise depuis les apôtres et les persécutions de l’empire romain. N’en déplaise à Philippe Prévost, les premiers chrétiens obéissaient aux empereurs païens, hormis le péché (d’où le martyre). C’est la raison pour laquelle les premiers chrétiens payaient l’impôt et servaient dans l’armée romaine (hormis les cas où, dans le cadre de l’armée, on leur demandait de sacrifier aux divinités). 




Mais justement, pourquoi le ralliement de Léon XIII? Jusque-là les catholiques payaient leurs impôts et obéissaient aux lois sans problème sous tous les régimes, depuis l'Empire en passant par la Restauration, la Monarchie de juillet, la Seconde République et de Second Empire? 


Existe-t-il la moindre source que les catholiques aient refusé de payer leurs impôts, refusé d'obéir aux lois de tous ces régimes tant qu'on ne leur demandaient pas d'obéir aux hommes plutôt qu'à Dieu ?


Alors pourquoi avoir fait ces ralliements ? Loin d'avoir calmé l'anticléricalisme, ça l'a exacerbé jusqu'à la rupture des relations consommées avec bonheur par Pie X ?


Léon XIII et Pie XI n'étaient pas obligés d'appeler les catholiques à payer leurs impôts. Par contre leur imposer des évêques douteux et libéraux, et leur imposer de servir ces régimes c'était quand même,  , très problématique. La suite l'a prouvé!


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N.M.
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MessagePosté le: Lun 9 Sep 2013, 23:04    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

 Pour ce qui est de la nomination d'évêques "modérés" en France, Léon XIII n'a pas attendu 1892. Il suffit d'étudier par exemple la succession du Cardinal Pie à Poitiers. Mgr Bellot des Minières fut préféré par Léon XIII au coadjuteur du Cardinal Pie (Mgr Gay). Et Mgr Bellot a pris le contre-pied de la pastorale de son prédécesseur.

Mais je suis tout à fait d'accord avec vous, les catholiques français - avant comme après 1892 - obéissaient aux pouvoirs constitués quels qu'ils soient, hormis les cas où ils ne pouvaient pas obéir à des lois contraires à la loi de Dieu. Même les monarchistes, qui avant 1892 (et encore après) pratiquaient une politique tout ce qu'il y a de plus légale (même au moment de l'affaire Boulanger) et jouaient le jeu des élections.

Non, la vérité du Ralliement en 1892, c'est que...

1) Dans son encyclique Au milieu des sollicitudes (tout ce qu'il y a de plus classique et archi-classique, n'en déplaise à Philippe Prévost) Léon XIII a rappelé l'enseignement traditionnel de l'Eglise sur l'obéissance aux pouvoirs constitués - ce à quoi les monarchistes pouvaient répondre : Mais Très Saint Père, c'est ce que nous avons toujours fait !

2) Et dans le même mouvement Léon XIII donnait aux catholiques français la directive de ne plus se présenter au suffrage de leurs concitoyens sous une étiquette monarchiste.

La raison de cela ?

- D'une part la volonté de trouver un terrain pratique d'entente avec le gouvernement républicain a) pour sauvegarder le Concordat (que les radicaux - alors dans l'opposition de gauche - voulaient abolir, et qu'ils aboliront après être arrivés au pouvoir en 1902) et b) sans doute pour des raisons de politique étrangère (ainsi que le souligne très justement Philippe Prévost). Il ne faut d'ailleurs pas oublier (mais cela échappe ici à beaucoup) que les gouvernement qui se succèdent alors en France dans les années 1892-1898 sont des gouvernements républicains assez modérés (l'aile droite des "opportunistes") avec le président du Conseil Jules Méline. On peut parler alors de "pause anticléricale", comme il y a des pauses fiscales... mais on sait que les pauses fiscales sont trompeuses et ne durent qu'un temps !

- D'autre part l'hypothèse d'une restauration monarchique apparaît complètement bouchée en 1892. Le comte de Chambord est mort en 1883. La plupart des légitimistes se sont ralliés au comte de Paris, mais ce dernier a produit une synthèse discutable et discutée entre légitimisme, orléanisme et césarisme. La loi d'exil de 1886, puis l'affaire Boulanger (où les monarchistes ont tenté d'utiliser le "brav'général") et son piteux échec ont considérablement réduit les chances politiques du comte de Paris et des monarchistes. Léon XIII fait le choix du Ralliement parce que ce choix lui apparaît comme le plus opportun dans les circonstances du moment. Pour Léon XIII, les catholiques français seront plus "efficaces" - sur le plan électoral - s'ils se libèrent de l'hypothèque d'une impossible restauration.

Sauf que le remède sera pire que le mal ! La directive ne produit en tout et pour tout que la division parmi les catholiques français. Résultat des courses : catholiques ralliés (derrière Albert de Mun et Jacques Piou) et monarchistes se retrouvent moins nombreux aux élections de 1893 qu'ils n'étaient dans la précédente législature au sein de l'Union conservatrice (monarchiste).

Et la dégringolade électorale des catholiques français ne s'arrêtera pas là. Résultat des courses : le gouvernement Waldeck-Rousseau et la reprise de l'offensive anticléricale en 1898, la victoire électorale des radicaux et le gouvernement Combes en 1902, la fin du Concordat en 1905.     

Donc en effet, l'épreuve des faits donnera tort à la politique de Léon XIII.

Pour ce qui regarde le "service du régime", que voulez-vous dire ? Que les catholiques devraient démissionner en bloc de la fonction publique ? Que les catholiques devraient démissionner en bloc de l'armée ? Que lorsqu'un gouvernement républicain déclare la guerre en 1914 ou en 1939, les catholiques devraient déserter et laisser l'envahisseur étranger s'égayer sur notre territoire sans lui opposer aucune résistance ? Ceci n'est guère compatible avec le plus élémentaire patriotisme. Ni avec la doctrine catholique.

Ce n'est d'ailleurs pas ce que firent les catholiques et les monarchistes français, que l'on retrouva aux avant-postes en 1870-71, en 1914-18 et en 1939-40. Je pense par exemple aux zouaves pontificaux de Charrette en 1871. Je pense au général de Castelnau ou au général Franchet d'Esperey. Je pense aux cadets de Saumur. Etc.

En 1792 et au moment des guerres révolutionnaires, la situation était fondamentalement différente, puisque la France était déjà en état de guerre civile (avec la chasse aux prêtres fidèles, avec la loi des suspects, avec l'Emigration et l'armée de Coblence) AVANT la déclaration de guerre à l'Empereur du Saint-Empire le 20 avril 1792. De surcroît, l'Assemblée législative a alors déclaré la guerre pour défendre la Révolution. Ce qui commençait alors était une guerre civile européenne avant d'être une guerre nationale (pour ce qui est de la guerre de 1939-45, ce fut une guerre nationale avant d'être une guerre civile européenne).


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Bordelais
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Messages: 78
Localisation: BORDEAUX

MessagePosté le: Mar 10 Sep 2013, 13:29    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

Pour N.M,

Je suis en partie d'accord avec votre raisonnement, notamment sur la continuité de la position du Saint-Siège entre Léon XIII et Pie X.
Toutefois, je suis plus réservé sur le service du régime. Je suis directement concerné, puisque fonctionnaire. En effet, je sers un régime inique, comme bon nombre de catholique. Cela ne va pas sans cas de conscience, même si en tant que fonctionnaire territorial, je suis moins en position d'être face à des choix délicats comme pour les services de l'Etat.

Pour ce qui est de la situation des Catholiques en 1914, je me réfère à l'ouvrage de Jean de Viguerie, "Les deux Etendards". Ce dernier, qui a défrayé la chronique à sa sortie, m'a ouvert les yeux sur la réalité de l'aveuglement des catholiques français. Oui, ces derniers auraient dû refuser la mobilisation qui les a conduits à la boucherie dans les tranchées. Quels étaient les vrais ennemis du paysan catholique français, le paysan prussien ou autrichien? ou bien le franc-maçon des cabinets ministériels? Poser la question, c'est y répondre.

Nos vrais ennemis, n'étaient ni le Kaiser, ni encore moins, le très catholique François-Joseph, mais bien plutôt les dirigeants de notre république maçonnique.
Le tour de force du régime, que démontre admirablement Jean de Viguerie, est d'avoir fait croire que défendre la république était la même chose que défendre la France de toujours. Ce que n'ont pas vu les Catholiques d'alors, c'est qu'il y avait deux France, la France éternelle, la patrie charnelle; Fille aînée de l'Eglise et la nation révolutionnaire, fille des Lumières et de la Révolution.

Pour sa supercherie, la seconde s'est glissée dans les habits de la première et à détourner le sens de la Patrie des honnêtes gens.

Le problème vient du fait que les catholiques et leurs chefs les premiers, ont donnés dans le piège. Qu'aurait fait le régime, si en 1914, les Catholiques avaient refusés de partir au front?
Peut-être que le grand suicide européen, dont Pie X est mort, aurait pu être évité.


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hussard1978


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MessagePosté le: Mar 10 Sep 2013, 20:53    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

Compte tenu de l'agression permanente envers le bien commun (et donc les âmes) et la guerre déclarée ouvertement, il me semble que les paroles de Leon XIII ne sont plus d'actualité, et Saint Thomas d'Aquin le dit clairement:
Citation:

Somme Théologique IIa IIae, question 42
ARTICLE 2: La sédition est-elle un péché mortel?
Objections: 1. Il semble que non. En effet, la sédition implique " un soulèvement en vue du combat ", comme nous le montrait la Glose citée plus haut. Or, le combat n'est pas toujours péché mortel. Il est parfois permis et juste, nous l'avons vu précédemment. A plus forte raison, par conséquent, la sédition peut-elle exister sans péché mortel.
2. La sédition est une certaine discorde, on l'a vu. Or, la discorde peut exister sans péché mortel, et parfois même sans aucun péché. Donc la sédition également.
3. On félicite ceux qui délivrent le peuple d'un pouvoir tyrannique. Or, cela ne peut guère se faire sans quelque dissension au sein du peuple, alors qu'une partie s'efforce de garder le tyran, et que l'autre s'efforce de le renverser. La sédition peut donc exister sans péché.
En sens contraire, l'Apôtre (2 Co 12, 20) interdit les séditions; et les place parmi d'autres péchés mortels. La sédition est donc un péché mortel.
Réponse: Nous venons de le voir, la sédition s'oppose à l'unité de la multitude, c'est-à-dire à l'unité du peuple, de la cité ou du royaume. Or, S. Augustin dit que le peuple, selon le témoignage des sages, désigne " non point l'ensemble de la multitude, mais le groupement qui se fait par l'acceptation des mêmes lois et la communion aux mêmes intérêts ". Il est donc manifeste que l'unité à laquelle s'oppose la sédition est l'unité des lois et des intérêts. La sédition s'oppose ainsi à la justice et au bien commun. C'est pourquoi elle est, de sa nature, péché mortel, et d'autant plus grave que le bien commun auquel s'attaque la sédition est plus grand que le bien privé auquel s'attaquait la rixe.
Toutefois, le péché de sédition appartient d'abord et à titre de principe à ceux qui excitent la sédition. Ceux-là pèchent très gravement. Secondairement, à ceux qui les suivent, et qui troublent le bien commun. Quant à ceux qui défendent le bien commun en leur résistant, ils ne doivent pas être appelés séditieux; pas plus que ceux qui se défendent ne sont coupables de rixes, nous l'avons dit.
Solutions: 1. Le combat qui est permis se fait pour l'utilité commune, nous l'avons vu plus haut. La sédition, au contraire, se fait contre le bien commun du peuple. C'est pourquoi elle est toujours un péché mortel.
2. La discorde au sujet de ce qui n'est pas manifestement un bien peut exister sans péché. Mais la discorde au sujet de ce qui est manifestement un bien ne le peut pas. La sédition est une discorde de cette espèce, puisqu'elle s'oppose à l'utilité du peuple, qui est manifestement un bien.
3. Le régime tyrannique n'est pas juste parce qu'il n'est pas ordonné au bien commun, mais au bien privé de celui qui détient le pouvoir, comme le montre Aristote. C'est pourquoi le renversement de ce régime n'est pas une sédition; si ce n'est peut-être dans le cas où le régime tyrannique serait renversé d'une manière si désordonnée que le peuple qui lui est soumis éprouverait un plus grand dommage du trouble qui s'ensuivrait que du régime tyrannique. C'est davantage le tyran qui est séditieux, lui qui nourrit dans le peuple les discordes et les séditions, afin de pouvoir le dominer plus sûrement. C'est de la tyrannie, puisque c'est ordonné au bien propre du chef, en nuisant au peuple.

ceci implique cependant la prudence civique: ne pas détruire un mal pour un plus grand mal: autrement dit il faut maîtriser l'action de bout en bout! agir mais en faisant attention!


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Gentiloup
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Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 884

MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013, 01:13    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

N.M. a écrit:
On prétend opposer d’une part l’enseignement de saint Pie X et d’autre part celui de Léon XIII, de Benoît XV et de Pie XI. Mais que nous enseigne saint Pie X, sinon l’obéissance des chrétiens au pouvoir temporel, même non-chrétien ? Que nous enseigne saint Pie X, sinon ce que Philippe Prévost appelle dédaigneusement et le « dogme du Ralliement » ?

   

Je ne sais pas qui est ce "on" qui ne dit pas son nom, mais en tout cas je ne prétends nullement opposer l'enseignement de Léon XIII à celui de Pie X, ainsi que je l'ai déjà dit.

Par contre l'application des principes de la part de Léon XIII ou de la part de Pie X est manifestement très différente.

Léon XIII a lancé l'idée d'un ralliement alors que tout allait pour le mieux, que les catholiques étaient unis et étaient en passe de remporter la majorité. Et voilà que Léon XIII leur demande de se rallier à la République. Pourquoi? Grand mystère! Les catholiques ne payaient-ils pas leurs impôts? N'obéissaient-ils pas aux lois? Étaient-ils subversifs? Absolument pas! Ils ne faisaient que se battre contre les idées laïcardes des Francs Maçons!

Léon XIII n'a pourtant pas manqué de bons conseils de gens très avisés pour lui annoncer la catastrophe d'un tel Ralliement. Mais il a préféré écouter les conseils du cardinal Rampolla, qui s'avèrera être un franc maçon ou du cardinal  La Vigerie, l'auteur du toast d'Alger!

L'argument généralement avancé est qu'il était prêt à tout pour éviter la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Bien mal lui en a pris, parce que c'est le patriarche de Venise qui après lui va essuyer les plâtres de cette politique désastreuse.
   

Cardinal Rafael Merry del Val
  

   
Et c'est là qu'on voit que Pie X ne lésinait pas sur les principes et savait les appliquer. Au lieu de chercher comme le firent aussi ses successeurs, des compris pour revenir à un ralliement, il a pris pour Secrétaire d'Etat le futur cardinal Merry Del Val, personnage très rigoureux, qui a prédit au nouveau pape qu'ils auraient beaucoup à souffrir! Pie X a rompu toutes les relations diplomatiques qu'il était nécessaire et le régime maçonnique a confisqué les biens d'Eglise, mais grâce à lui, durant quelques décennies l'épiscopat français allait être fort, vigoureux, combattif, tout cela parce qu'il était indépendant et choisi en raison de la solidité de sa foi!

A cause de cette lutte front contre front, Pie X allait s'épuiser en multipliant lettres sur décrets pour rappeler inlassablement la vraie doctrine.

Dés que la politique de ralliement reprendra ses droits avec Benoît XV et Pie XI, il faudra mater cet épiscopat, et le remplacer par des personnes qui seront en mesure de plaire à la République etc. etc.

Mais je crois savoir, cher NM, que nous sommes d'accord, au moins en gros sur tout cela.

Saint-Pie X n'a pas ménagé sa peine. Qu'on en juge par l'importance de ses écrits doctrinaux:

   

Saint-Pie X
   
    
Citation:
SAINT PIE X  -  ÉCRITS DOCTRINAUX

Pour l’année Saint Pie X , les éditions Téqui remettent en vente à un prix très modique la publication qu’elles avaient réalisée en 1996 de onze textes fondamentaux du Saint Pape, encycliques, décrets, motu proprio, avec en regard le texte latin officiel et la traduction française. On y trouve en particulier les cinq encycliques du pontificat, dont la dernière, la plus importante, est la célèbre encyclique “Pascendi Domini gregis” du 8 septembre 1907 sur le modernisme, ses caractères, ses causes et les remèdes qu’il convient de lui apporter.
Les quatre autres datent du début du pontificat; ce sont:
  • “ E supremi Apostolatus”, exposant son programme et commentant sa devise “ Omnia instaurare in Christo”,
  • “Ad diem illum laetissimum” , sur la dévotion à la Sainte Vierge, à l’occasion du cinquantenaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception,
  • “ Jucunda sane”, pour le treizième centenaire de la mort de saint Grégoire le Grand qu’il présente comme modèle des pasteurs,
  • “Acerbo nimis” sur l’enseignement de la doctrine chrétienne, avec des règles très précises et impératives sur l’enseignement du catéchisme.

On trouve également dans cet ouvrages trois décrets publiés sur ordre de saint Pie X par les sacrées congrégations compétentes:
  • “ Sacra tridentina synodus” sur la communion fréquente,
  • “ Quam singulam” sur la communion des petits enfants,
  • “Lamentabili”, décret du Saint Office, promulgué juste avant l’encyclique “Pascendi”, et donnant soixante-cinq propositions modernistes condamnées, à l’image du “Syllabus” de Pie IX.
  • On y trouve enfin l’exhortation au clergé “Haerent animo “sur la sainteté des prêtres ,
et deux motu proprio de la fin du pontificat reprenant le thème de la lutte contre le modernisme:
  • “Sacrosanctum institutum” sur l’enseignement de la philosophie et de la théologie et sur la prédication, avec
  • le fameux serment anti-moderniste que tout prêtre devait prononcer; enfin quelques jours avant sa mort
  • “Doctoris Angelici“ sur la nécessité de l‘étude te de l‘application de la doctrine de saint Thomas d‘Aquin.
On n‘y trouve pas le
  • motu proprio sur la musique sacrée dont nous fêtons particulièrement le centenaire cette année, car il s‘agit d‘un texte disciplinaire et non doctrinal.

Nous n'y trouvons pas non plus l'encyclique concernant le Portugal:
  •  Jamdudum in Lusitania!
   
Et sans doute d'autres textes qui n'ont pas été jugés importants par les éditeurs de ce livre.

  
Nous comprenons pourquoi Mgr Lefebvre a mis sa fondation sous le patronage de ce saint pape, il est emblématique de la lutte très inégale que nous menons actuellement contre l'Eglise conciliaire.
   
   


Dernière édition par Gentiloup le Mer 11 Sep 2013, 22:00; édité 1 fois
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N.M.
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MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013, 15:44    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

 Chère Gentiloup,

Très franchement, les éditions Téqui ne se sont pas proposées, avec ce volume consacré aux enseignements de saint Pie X, de publier l'intégralité des actes magistériels de ce pape. La chose a été faite par les éditions du Courier de Rome (en 1993, il me semble). Il est également possible de trouver chez les bouquinistes (ou autres) les enseignements de saint Pie X dans les éditions (d'époque) de la Bonne Presse (mais avec des traductions parfois... discutables). Donc là-dessus, on ne peut pas donner tort aux éditions Téqui (d'autant plus que l'édition est bilingue).

Nous sommes donc substantiellement d'accord au sujet des politiques respectives de Léon XIII et de saint Pie X. Une même doctrine (la doctrine catholique), des politiques différentes.

Au passage, et au temps de Léon XIII et du toast du Cardinal Lavigerie (j'ai sous la main l'édition de sa correspondance au moment du Ralliement : c'est très instructif), je ne pense pas du tout que l'on puisse dire que les catholiques et les monarchistes (souvent les mêmes dans l'arène politique) étaient en passe de remporter les élections (de 1893). Les monarchistes étaient au contraire en perte de vitesse depuis l'exil du comte de Paris (légitime ou pas) et l'échec du boulangisme. Mais le mot d'ordre du Ralliement et les divisions qu'il allait immanquablement provoquer ont considérablement accéléré la perte de vitesse des monarchistes et des catholiques engagés en politiques... contrairement à ce que se proposait Léon XIII avec son Ralliement (Léon XIII qui a donc commis en l'espèce un gigantesque pas de clerc).

 

 


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N.M.
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MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013, 15:52    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

 Cher Hussard,

Merci pour votre citation.

Pour le reste, c'est en effet une question d'appréciation et de prudence dans le choix du moment et dans le choix des moyens (qui de toutes les façons doivent toujours demeurer conformes à la morale chrétienne).

Mais bien franchement, je ne crois vraiment pas que nous nous retrouvions avec le gouvernement de "Pépère" (alias "Inspecteur Gadget" - dixit Le Point) dans la situation des catholiques en général et des Vendéens en particulier en mars 1793. On est seulement (si j'ose dire !) au temps d'Emile Combes ou de Léon Blum. Mais les choses peuvent parfois vite évoluer. Je vous l'accorde. Surtout aujourd'hui.

  


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MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013, 16:02    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

 Cher Bordelais,

Merci pour votre message et pour votre réflexion, dans le prolongement des Deux Patries du professeur Jean de Viguerie.

Je me permets de reproduire ici ce que j'ai écrit à l'une de mes correspondantes qui se reconnaîtra.

Pour ce qui est du “service de la République”, je crois que les fonctionnaires et les soldats servent avant tout la France, avant de servir tel ou tel gouvernement. Bien sûr, il y a des situations concrètes où le service de la France dans la fonction publique ou dans l’armée devient concrètement impossible. Allez voir par exemple ce que les papes enseignaient au sujet de l’éducation en général, et de l’éducation dite “neutre” ou a fortiori “laïque” en particulier. A étudier l’enseignement des papes en ce domaine, on se rend compte qu’il est moralement  très difficile pour un catholique d’enseigner dans le cadre d’une école publique devenue “laïque” par la (dis)grâce de Jules Ferry.

Pour en revenir à l'armée, on peut se retrouver confronté à devoir exécuter des ordres immoraux. Auquel cas on se retrouve dans la situation des officiers catholiques qui durent briser leur épée et leur carrière au temps des Inventaires.

Mais pour ce qui regarde une guerre comme celles de 1914-18 et de 1939-40, c’est le bon vieux Maurras qui a raison avec son “compromis nationaliste” (n'en déplaise à Jean de Viguerie). Les buts de guerre initiaux des gouvernements peuvent être mauvais, mais dès lors que la patrie est confrontée à l’invasion des forces étrangères (à condition qu’elles ne soient pas là aussi pour nous délivrer, comme en 1792) nous nous trouvons en situation de légitime défense, et la guerre devient une guerre juste.

Autrement dit, peu importe que nous soyons gouvernés par Briand, Clemenceau, Daladier ou Paul Reynaud, il faut briser l’offensive allemande. D’un autre côté on pourra toujours faire valoir que le gouvernement envoie les Bretons ou les Basques en première ligne (parce que plus catholiques en moyenne). On pourra toujours faire valoir que Clemenceau et cie veulent abattre l’Autriche catholique. Tout cela est vrai. Mais il est vrai aussi qu’une France envahie, démembrée (l’Alsace et la Moselle) et occupée, constitue une catastrophe nationale et morale.

La France n’a pas fini de se relever du désastre de 1940. La révolution de 1944 est la fille directe du désastre de 40. Entretemps, il y a eu la “divine surprise” de trouver un gouvernement qui se proposait d’entamer les réformes nécessaires (surtout en 1940-41, et plus vraiment sinon plus du tout après 1942 et le retour de Pierre Laval). Mais Vichy était impuissant à mener à bien sa politique sous la pression de l’Occupant.

Donc la défaite de 1940, grosse de tous nos abaissements ultérieurs (révolution de 1944, décolonisation ratée, illusion gaullienne, triomphe du matérialisme avec les “Trente glorieuses”, révolution de 1968, crise économique et sociale avec les “Trente piteuses” etc. qui ont certes d'autres causes que la défaite de 40, mais qui ont été précipitées par ladite défaite) devait être évitée par les armes, et quoi qu’il en soit des malfaisants qui trônaient à l’hôtel Matignon.

Et sans l’effondrement de 1940, il est probable que jamais les Etats-Unis n’auraient pu imposer leur leadership exclusif sur le “monde libre”.

Et la catastrophe de 1940 a été évitée en 1914 avec la bataille de la Marne, puis en 1916 avec la résistance française à Verdun. Non, tout cela n’était pas vain. Même si les gouvernants ont été criminels de ne pas écouter le pape Benoît XV (et ils ne l’ont pas écouté pour des raisons idéologiques).


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Cadoudal
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MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013, 20:13    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

une autre conception de la politique catholique:


la doctrine politique du pape Innocent IV


exposée dans la bulle  Aeger cui levia, en 1245.






"En dehors de l' Eglise dit Innocent IV, on ne bâtit que pour l 'enfer "
"et il n'existe point de pouvoir qui ne soit ordonné par Dieu."
"C'est donc mal envisager les faits et ne pas savoir remonter à l 'origine "
"des choses, que de croire que le siège apostolique n'est en possession "
"du gouvernement des choses séculières que depuis Constantin."
"Avant lui, ce pouvoir était déjà dans le Saint Siège en vertu de sa nature "
"et de son essence."
" En succédant à Jésus Christ, les papes ont reçu la monarchie non seulement "
"pontificale mais royale."
"Dieu leur a confié les rênes à la fois de l 'empire céleste et de l 'empire terrestre."
"C'est dans l' Eglise que se trouvent les deux glaives , emblème  des deux pouvoirs,"
"Celui donc qui ne fait pas partie de l 'Eglise ne peut posséder ni l 'un ni l' autre."
"et , les souverains séculiers , en exerçant leur autorité ne font qu'user d'une force"
"qui leur a été transmise et demeure dans le sein de l 'Eglise,
 qui en est l 'unique dépositaire".


**********
le triomphe de la Maçonnerie et de la Révolution  a éclipsé ces vérités.


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Gentiloup
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MessagePosté le: Mer 11 Sep 2013, 22:44    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

Bordelais a écrit:
Toutefois, je suis plus réservé sur le service du régime. Je suis directement concerné, puisque fonctionnaire. En effet, je sers un régime inique, comme bon nombre de catholiques. Cela ne va pas sans cas de conscience, même si en tant que fonctionnaire territorial, je suis moins en position d'être face à des choix délicats comme pour les services de l'Etat.

Sans revenir à la guerre de 14-18 qui a été une boucherie abominable, sans doute la plus atroce qui ait existé jusqu'à ce jour, tout confondu, je partage votre point de vue, cher Bordelais.

De nos jours où l'Etat maçonnique, mondialiste et autoritaire veut mettre sa marque non plus tellement sur les individus, mais sur leurs âmes (comme il est prophétisé dans l'Apocalypse ), non seulement il est dangereux de servir l'Etat comme fonctionnaire, soldat, mais il est dangereux aussi d'avoir des professions supervisées par la morale d'Etat: pharmacie, médecine, poliie, enseignement même prétendument libre, et dans une moindre mesure les professions judiciaires et je dois en oublier.

L'Etat a des moyens pour contrôler leurs pensées et s'immiscer jusque dans leurs âmes.

N.M. a écrit:
 Je me permets de reproduire ici ce que j'ai écrit à l'une de mes correspondantes qui se reconnaîtra.

Cher N.M. oui, je me suis reconnue, merci de votre réponse.

La différence que vous faites entre servir la France et servir le régime est actuellement de plus en plus difficile à distinguer concrètement.

Un professeur doit enseigner le gender, enseigner des mensonges historiques, des textes littéraires à faire pâlir une gourgandine, etc. Sinon il se met en porte-à-faux avec ses autorités tutélaires.

Il suffit de se souvenir de Philippe Isnard, professeur de collège à Manosque, en Provence, qui sans déroger le moins du monde aux consignes ministérielles, s'est cru autorisé à faire réfléchir ses élèves sur l'avortement. Il a été cassé et ne peut plus enseigner nulle part, même pas dans l'enseignement hors contrat!

En ce qui concerne l'Armée, il faut bien voir qu'en Lybie par exemple, l'armée française s'est fait le supplétif de l'Armée américaine, comme autrefois les Cubains avec les Soviétiques. Et nous voyons bien qu'elle prend ou va prendre le même chemin avec la Syrie, faisant le jeu des islamistes soutenus par les mondialistes lucifériens occidentaux.

Je ne m'étends pas davantage, il n'y a qu'à penser aux Allocations familiales, à la Sécurité-sociale etc. En dehors des métiers de boulangers, plombiers, maçons et autres artisanats ou certains commerces (pas tous!), il est de plus en plus difficile d'exercer une profession honorable pour un catholique, même les professions juridiques sont atteintes, les fonctions de maires, de députés, de ministres, de préfets etc., n'en parlons même pas!

Pour bien servir la France, il faut la plupart du temps se garder de servir le régime actuel.

Je remercie Hussard pour sa citation de Saint-Thomas d'Aquin qui me semble au contraire bien convenir à notre situation, même si nous n'en sommes pas encore à une guerre civile ouverte comme durant la Révolution. Mais peut-être que la guerre qui nous est faite est encore bien plus pernicieuse. Et du reste nous avons face à nous une guerre civile larvée avec la morale de la charia qui s'impose de plus en plus brutalement à nous, avec des barbares aux marges de nos cités, dont les méfaits sont soigneusement occultés ou atténués pour donner encore l'illusion que nous sommes dans un Etat de Droit.

Il me semble que le tyrannicide cité par Hussard est assez bien adapté à notre époque, il suffit de transposer.
  


___________________

(I)
Apocalypse 13:14-16 Et il lui fut donné d'animer l'image de la bête, afin que l'image de la bête parlât, et qu'elle fit que tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front et que personne ne pût acheter ou vendre, sans avoir reçu la marque (Le signe de croix), le nom de la bête ou le nombre de son nom (666).






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Bordelais
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MessagePosté le: Jeu 12 Sep 2013, 13:45    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens Répondre en citant

Cher N.M,

Merci pour votre réponse et vos contributions, toujours très documentées et intéressantes.
Je reconnais que la thèse du professeur de Viguerie peut surprendre, mais elle recèle une véritable nouveauté et permet d'expliquer à quel point les catholiques ont été les dupes de leurs ennemis républicains.

Par ailleurs la distinction qu'il opère entre la patrie réelle, et la patrie idéologique est extrèmement pertinente.
Toutefois, je ne me permettrai pas de juger les actes de nos ancêtres, qui ont acceptés 4 ans d'horreur dans les tranchées, pas plus que ceux qui ont combattus en 1940, la France était en effet en danger, mais ce que dénonce les Deux Patries, va au delà il me semble. C'est tout un état d'esprit "anti-boche" que dénonce ce livre.
C'est peut-être ce travers qui est le plus saisissant, que de bons catholiques aient eu le cerveau complètement lavé par la propagande républicaine pour faire des Allemands, des "salauds de boches", comme on disait alors.
14/18 est, de ce point de vue, une rupture totale avec la manière dont étaient conçue la guerre et les relations internationales depuis les traités de Westphalie de 1648.
L'adversaire que l'on respectait est devenu l'ennemi à abattre par n'importe quel moyen.

Concernant les querelles dynastiques, je vous rejoins tout à fait, la règle de dévolution de la Couronne de France n'est pas un loi divine, donc elle est adaptable.
Cependant, le principe de légitimité est essentiel, mais comme vous le soulignez, ainsi que Cadoudal, encore faut-il d'un prince qui assume pleinement l'héritage de ses ancêtres et les attentes de ces soutiens et des Français. Dans le cas contraire, mieux vaut en effet, une république du Christ-Roi, ou un régime comme celui de l'Etat français.

Chère Gentiloup,
Il est en effet de plus en plus difficile de servir la France et de trouver une profession adéquate.
Ces questions sont un élément crucial de notre avenir, en effet, les choses n'iront pas en s'améliorant, du moins à vu humaine, et il sera de plus en plus difficle de pouvoir rester fidèle à nos convictions.
En effet, refuser certaines voies professionnelles et ne se cantonner qu'à des métiers peu rémunérateur ou dans lesquels nous n'avons aucune influence risque entraîner un double effet pervers.
Dans un premier temps, laisser gagner nos adversaires en leur abandonnant le terrain, dans le domaine médical notamment, mais aussi, dans l'enseignement.
Que se passera-t-il si plus aucun catholique ne suit ces voies professionnelles? Quid pour nous, nos familles, si nous ne pouvons plus compter sur des médecins ou des professeurs catholiques (je restreint volontairement à ces deux professions, mais on peut l'ouvrir à tous les domaines ou presque).
La deuxième difficulté nous concerne directement, car si nous choisissons des métiers moins rémunérateur, quid de notre façon de vivre.
Je ne parle pas de mondanités, mais comment faire face avec un salaire restreint aux dépenses d'éducation des enfants, le coût des pensions est important, sans compter tous les autres frais liés à l'éducation. Des choix seront à faire, mais nous ne pourrons peut-être pas réussir sur tous les plans.
Cela pose, à plus ou moins long terme, la question de l'existence du "mode de vie" tradi tel que nous le connaissons depuis 40 ans.
Si vous estimez que cette question nécessite un fil de discussion, je vous laisse chère Gentiloup, le soin de le déplacer.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:33    Sujet du message: Saint Pie X et l'obéissance aux pouvoirs temporels, même non chrétiens

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