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Les principes du ralliement de Léon XIII, par Bernard de Midelt

 
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DEO GRATIAS
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MessagePosté le: Jeu 12 Sep 2013, 23:11    Sujet du message: Les principes du ralliement de Léon XIII, par Bernard de Midelt Répondre en citant

Les principes du ralliement de Léon XIII
par Stageiritès • 12 septembre 2013 •




Les principes du ralliement de Léon XIII et leur contradiction avec la doctrine politique de Saint Thomas d’Aquin 
Article publié la première fois dans la revue AFS n°174 sous le titre « À propos du régime politique le meilleur » 
Avec la permission de la revue AFS 
  
I – Introduction : le risque de « non-poursuite » du bien commun augmente sensiblement selon la forme de gouvernement[1] 
En annexe II de la brochure Politique et Religion, on trouve un résumé des événements de l’affaire du Ralliement de 1892. Événement d’une telle importance qu’il « semble se perpétuer encore aujourd’hui »[2]. Nous nous proposons de montrer ci-dessous que si dans Aeterni Patris (4 août 1879) Léon XIII explique à juste titre qu’il faut remettre en vigueur et propager le plus possible la précieuse sagesse de saint Thomas, l’enseignement pontifical concernant la doctrine sociale de l’Église n’a pas toujours tenu compte de ce judicieux conseil. 
  
1. Dans le De Regno 
Saint Thomas étudie les risques de voir l’Autorité légitime ne plus poursuivre le bien commun, par voie de conséquence de n’être plus constituée une Autorité légitime et de devenir une contrefaçon d’État[3]. C’est, nous dit-il, « un des plus grands dangers que court une multitude ». 
  
2. L’expérience historique prouve que les risques pour l’Autorité d’une démocratie de devenir tyrannie sont plus grands que dans le cas d’un roi 
Ce passage du De Regno émeut toujours fréquemment les démocrates. Voici le texte exact de l’Aquinate : 

« D’une façon générale, l’observateur attentif de l’histoire d’hier et d’aujourd’hui reconnaitra que les tyrans ont sévi plus nombreux dans les pays gouvernés par une collectivité que dans ceux où le pouvoir n’appartenait qu’à un seul. Si donc la royauté, qui est le meilleur gouvernement, semble devoir être évitée surtout à cause de la tyrannie, celle-ci en revanche se rencontre non pas moins, mais plus facilement, dans le gouvernement de plusieurs que dans le gouvernement d’un seul »[4] 
  

II – Rappel sur les différents régimes politiques 
On sait que depuis Aristote les divers modes d’organisation de la cité sont répartis en trois grandes classes, souvent enchevêtrées dans la pratique, en fonction des circonstances, des coutumes propres à chaque peuple. Dans les ouvrages de science politique contemporains, on indique à tort que cette trilogie aristotélicienne serait composée de la monarchie, de l’aristocratie et … de la démocratie. 
En fait pour Aristote, il existe trois classes fondamentales théoriques de régimes politiques poursuivant le bien commun, présentant chacune des avantages et des inconvénients et trois formes de dégénérescence ne poursuivant plus le bien commun, qui sont des contrefaçons des gouvernements précédents. Lorsque l’État poursuit le bien commun, les trois formes possible de gouvernement sont royauté, aristocratie et politia ; dans le cas contraire, et respectivement : tyrannie, oligarchie et démocratie
Le système où la fraction la plus compétente d’un peuple est largement consultée sur l’organisation de la cité, ou bien associée à sa gestion, se nomme « politia » ou encore « gouvernement populaire ». Dans la pratique, ce type de régime peut utiliser pour la désignation des responsables politiques le mode d’élection. En aucun cas cependant, il ne s’agit dans la politia d’un exercice collectif de l’autorité par un peuple déclaré souverain. Car ceci constitue précisément la dégénérescence spécifique de la politia telle que la voit Aristote et à laquelle il confère le nom de « démocratie ». La démocratie est le règne de la démagogie et de la tyrannie des partis. 

 
Jacques Maritain écrivait en son temps :
« Il y a une sagesse des mots, il est très remarquable que le mot adopté par le monde moderne pour désigner le gouvernement populaire soit celui qui, dans la langue du Philosophe, désigne non la forme légitime (politia) mais la forme corrompue (democratia) de ce gouvernement »[5] 
  

III – L’analyse politique de Saint Thomas 
Marcel de Corte nous dit que, pour saint Thomas, la politique est un fait, un donné plus exactement, mais qui n’est pas octroyé à l’homme d’un seul coup, et qui nécessite donc la médiation de son intelligence et de sa volonté à l’inverse de ce qui se passe dans les sociétés d’insectes immuablement fixées dès leur origine. Autrement dit, pour transposer la science politique à notre époque, encore faut-il connaître cette même époque au plan politique. 
On distingue habituellement l’analyse politique générale, par exemple le début de l’ouvrage de saint Thomas, le de Regno, ou bien le livre de Jean Ousset, Pour qu’il règne, qui proposent une analyse politique générale ; et l’analyse politique spécifique, par exemple l’essai d’Éric Werner, L’avant-guerre civile, qui décrit la situation politique française, ici et maintenant. 
Dans l’étude qui nous préoccupe, saint Thomas se livre à une analyse politique générale à partir de l’histoire politique des peuples. Il part de l’observation de « l’histoire d’hier et d’aujourd’hui ». 
  

IV – Pourquoi les gouvernements collectifs sont-ils source plus fréquente de tyrannie ? 
Étienne Gilson donne une explication intéressante que l’on peut décomposer en trois propositions. 
a) Comme l’écrit saint Thomas : 
« Que la royauté soit le meilleur gouvernement, nous l’avons montré précédemment. Si donc, au meilleur s’oppose le pire, il suit nécessairement que la tyrannie est le pire gouvernement »[6] 
On pourrait déduire, à partir d’une lecture rapide, que la tyrannie d’un seul est la pire de toutes et en rester là. Étienne Gilson expose cette proposition, mais il va s’empresser de montrer qu’elle concerne la politique « simpliciter » (c’est-à-dire dans l’absolu). 
  
b) D’une part la tyrannie n’est pas un danger qui menacerait la seule monarchie puisque l’aristocratie et la politia peuvent également dégénérer en tyrannies nommées respectivement oligarchie et démocratie. D’autres part, dans la réalité il est rare qu’une pareille tyrannie se réalise dans le gouvernement d’un seul ; elle se borne le plus souvent soit à l’exploitation de quelques familles, soit à celle d’une classe plus ou moins nombreuse de citoyens, laissant ainsi tous les autres tranquilles et ne compromettant le bonheur que d’une partie du peuple de la cité. 
  
c) Au contraire, lorsque c’est le gouvernement de plusieurs qui se corrompt et qui devient tyrannique, le mal réside dans le gouvernement lui-même et trouble totalement l’équilibre de la cité ou du pays tout entier. Si l’on ajoute à cela que le gouvernement de plusieurs engendre plus fréquemment des tyrannies que le gouvernement d’un seul, en raison des jalousies qui s’élèvent parmi les chefs et incite l’un d’entre eux à éliminer les autres, on conclura que, toutes choses égales par ailleurs, c’est encore la monarchie qui présente le moins de dangers. 
  
D’où la conclusion d’Étienne Gilson : 
De deux maux il faut en effet choisir le moindre. Or d’une part, nous avons le gouvernement le meilleur, avec peu de risque de tomber dans le pire que serait la tyrannie complète d’un seul ; d’autre part, nous avons des gouvernements moins bons, avec beaucoup de risques de tomber dans des tyrannies dont la moindre affecterait déjà le bon ordre de l’État tout entier. 
Si donc la seule raison de se priver du meilleur des régimes est la crainte de tyrannie et que la tyrannie soit plus à craindre encore dans les régimes les moins bons que dans le meilleur, il ne nous reste plus aucune raison de ne pas choisir le meilleur : nous choisirons par conséquent le gouvernement d’un seul.[7] 
  

V – La thèse thomiste que nous venons d’exposer s’oppose à la thèse de Léon XIII et de Pie XI 
Léon XIII enseigne[8] en effet que : 
Dans cet ordre d’idée spéculatif, les catholiques, comme tout citoyen, « ont pleine liberté de préférer une forme de gouvernement à l’autre […] Et c’en est assez pour justifier pleinement la sagesse de l’Église alors que, dans ses relations avec les pouvoirs politiques, elle fait abstraction des formes qui les différencient, pour traiter avec eux les grands intérêts religieux des peuples […] » 
« Divers gouvernements politiques se sont succédés en France dans le cours de ce siècle, et chacun avec sa forme distinctive : empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces formes considérées en elles-mêmes : on peut affirmer également en toute vérité que chacune d’elles est bonne, pourvu qu’elle sache marcher droit à sa fin, c’est-à-dire le bien commun, pour lequel l’autorité sociale est constituée. » 

 
Autre texte significatif de Pie XI, allant dans le même sens de la théorie de Léon XIII : 
« L’Église catholique, sans s’attarder à une forme de gouvernement plutôt qu’à une autre, pourvu que soient protégés et sauvegardés les droits de Dieu et de la conscience chrétienne, ne fait aucune difficulté pour s’accorder avec toutes les institutions civiles qu’elles aient la forme royale ou républicaine, qu’elles soient sous le pouvoir aristocratique ou populaire »[9]
Autrement dit, cet enseignement de la doctrine sociale de l’Église considère comme négligeable le risque historiquement patent qu’ont certaines formes de gouvernement de ne pas poursuivre le bien commun
  

VI – Explication de cette vision politique erronée de Léon XIII 
On peut, en effet, avoir une approche spéculative de la politique en méconnaissant que celle-ci est pour l’essentiel un ordonnancement de la société civile, ici et maintenant. Pour éviter cette impasse, il convient de distinguer la politique simpliciter (dans l’absolu) de la politique ex suppositione
Développons cette question en relisant Marcel Demongeot :
« Le meilleur gouvernement simpliciter (absolument parlant), dit en effet saint Thomas, est le meilleur, abstraction faite de toute considération extérieure à la notion même de gouvernement donc le plus rationnel, celui qui comporte le plus de perfection intrinsèque. Par contre, l’expression ex suppositione indique que l’on a tenu compte des conditions de fait et rattaché le concept de gouvernement à la réalité humaine ».[10] 
Quand Léon XIII parle de la meilleure des formes de gouvernement, il reste au niveau des régimes les meilleurs spéculativement parlant simpliciter, qui en définitive nous importent peu ; il n’étudie pas la question du meilleur gouvernement ex suppositione. Autrement dit, véritable meilleur régime, celui qui tient compte de la réalité politique du moment. 
Il faut bien l’admettre avec regret : Léon XIII, dans sa doctrine politique, ne prend pas suffisamment compte de la forme concrètement donnée à la société civile, forme qui influe de manière « prépondérante » sur le bien ou le mal des âmes. 
Par suite, Léon XIII considère les gouvernements de la France du XIXème siècle (il cite ; « empires, monarchies, républiques ») et il se propose de les examiner « en se renfermant dans les abstractions ». Mais si l’on s’abstrait de ce que sont réellement les républiques françaises pour ne considérer que leur forme « considérées en elles-mêmes », il faut s’attendre à ce que les problèmes principaux disparaissent. 

 
Lorsque Léon XIII précise :
« chacune d’elles (en parlant des formes de gouvernement) est bonne, pourvu qu’elle sache marcher droit à sa fin, c’est-à-dire le bien commun », 
Il n’y a plus de délibération possible puisque c’est précisément le risque de voir le bien commun non poursuivi qui devrait faire l’objet du débat politique. On trouve exposé ici en substance la doctrine qui, durant tout le XXème siècle, sous-tendra le ralliement permanent du Saint-Siège aux pouvoirs établis, y compris en faveur de ceux qui, ne poursuivant pas le bien commun, ne furent que des contrefaçons d’État. 
Tout ceci rappelle quelque peu Molière et sa méthode comique qui consistait à escamoter une des causes principales pour s’étendre longuement sur ce que tout le monde sait et qui ne pose pas problème : 
« […] et comme je vous fis voir l’autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez si vous savez détourner l’épée de votre ennemi de la ligne de votre corps, ce qui ne dépend seulement que d’un petit mouvement du poignet ou en dedans ou en dehors »[11] 
Malheureusement, dans le cas présent, cette vision erronée du donné politique proposé par la doctrine sociale de l’Église a des répercussions graves et ne porte pas véritablement à rire … 
Bernard de Midelt
Pour la revue AFS n°174  

 
[1] Nous rappelons que pour Saint Thomas la poursuite du bien commun est l’unique critère de légitimité d’un gouvernement. (Note de Stageiritès)
[2] Cf. la plaquette AFS, Politique et Religion, A. de Lassus, p.101 et suivantes.
[3] Cf. L’humanisme politique de saint Thomas d’Aquin – Individu et État, Louis Lachance. Ed. Lévrier, 1965, p.259. Louis Lachance TRP OP (†1963), docteur agrégé de philosophie, maître en théologie, professeur à l’université canadienne, comme Charles de Koninck et Carlos Sacheri. L’ouvrage cité est son maître-livre, incontournable sur les relation entre individu et État.
[4] Saint Thomas, De Regno, I, 5. Texte français de Thomas Grimaud. Ed. Sicre.
[5] Maritain, Une opinion sur Charles Maurras et le devoir des catholiques.
[6] De Regno, I, 3
[7] Saint thomas moraliste, Étienne Gilson. Vrin, 1974.
[8] Dans Au milieu des sollicitudes.
[9] Pie XI, Dilectissima Nobis.
[10] Le meilleur régime politique selon saint Thomas d’Aquin, Marcel Demongeot, DEL, 1929, p.6.
[11] Les quatres causes, Henri Charlier, Itinéraires n°12, p.85.

Tags : DSE ralliement


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MessagePosté le: Jeu 12 Sep 2013, 23:11    Sujet du message: Publicité

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N.M.
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Inscrit le: 02 Aoû 2012
Messages: 217
Localisation: France

MessagePosté le: Jeu 12 Sep 2013, 23:43    Sujet du message: Les principes du ralliement de Léon XIII, par Bernard de Midelt Répondre en citant

 Bizarrement, on attaque l'enseignement de Léon XIII et de Pie XI... sans attaquer saint Pie X qui dit exactement la même chose (sans compter Pie XII). Deux poids, deux mesures...

Quant à l'opposition supposée de l'enseignement des papes avec celui de saint Thomas d'Aquin (du moins avec l'interprétation qui en est faite ici), c'est bien gentil mais à ce compte-là on discute encore sérieusement pour savoir dans quelle mesure l'enseignement du Docteur commun est compatible avec le dogme de l'Immaculée Conception. 

Autrement dit, le magistère pontifical possède une autorité supérieure à celle des docteurs de l'Eglise, même lorsqu'il s'agit du Docteur commun.

Donc si opposition réelle il y avait, il faudrait tenir pour l'enseignement des papes et non pas pour l'enseignement du Docteur commun.

Mais y a-t-il vraiment opposition sur le fond ?

Rien n'est moins sûr.

- D'un côté saint Thomas d'Aquin défend, avec des arguments qui emportent la conviction, la thèse selon laquelle la royauté est le meilleur gouvernement.

- De l'autre côté, nous avons les papes qui s'abstiennent de prendre position sur la question de savoir quel est le meilleur régime...

... et qui rappellent que les catholiques doivent obéir aux pouvoirs constitués.

Et comme manifestement on ne veut pas suivre Léon XIII ou saint Pie X (et tous les autres) sur ce dernier point, on invente une opposition supposée au Docteur commun du seul Léon XIII (parce qu'on n'ose pas encore s'attaquer à saint Pie X).


 


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Gentiloup
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Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 885

MessagePosté le: Ven 13 Sep 2013, 17:45    Sujet du message: Les principes du ralliement de Léon XIII, par Bernard de Midelt Répondre en citant

Le problème que pose Bernard de Midelt dans cette rapide étude ce sont les manœuvres de ralliement des papes: Léon XIII, Benoît XV et Pie XI, à des régimes qui portent en eux la Révolution.

Pour cela il fait un  parallèle avec les principes énoncés par Saint-Thomas d'Aquin qui indique à son avis le meilleur pouvoir possible dans l'absolu, pour le bien commun. "le gouvernement d'un seul" offrirait le moins de risques de déviances. Tandis que "le gouvernement le plusieurs" offrirait davantage de risques de déviance.

La conclusion serait donc, qu'en appelant les catholiques à se rallier à la République, quelqu'aient pu être leurs bonnes intentions, ces papes ont manqué de discernement et de prudence.

Comme l'auteur, cette citation de Léon XIII, de son encyclique "Au milieu des sollicitude" me laisse perplexe: 
  
 
Citation:
« Divers gouvernements politiques se sont succédés en France dans le cours de ce siècle, et chacun avec sa forme distinctive : empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces formes considérées en elles-mêmes : on peut affirmer également en toute vérité que chacune d’elles est bonne, pourvu qu’elle sache marcher droit à sa fin, c’est-à-dire le bien commun, pour lequel l’autorité sociale est constituée. »  


Que chacune de ces formes de gouvernement soient bonnes, c'est en effet un peu vite dit, même si la condition suspensive est le bien commun, comme précisé. C'est bien en théorie mais irréaliste. 
 
  
Les systèmes héritiers de la Révolution portent en eux une fin mauvaise, quelque soit le degré de leur virulence révolutionnaire intrinsèque.

Sans m'aventurer dans la "Doctrine sociale de l'Eglise"... 
 


Citation de N.M.:
Bizarrement, on attaque l'enseignement de Léon XIII et de Pie XI... sans attaquer saint Pie X qui dit exactement la même chose (sans compter Pie XII). Deux poids, deux mesures...
(Désolée, impossible de décoller une citation erronée, on ne fait pas toujours ce qu'on veut avec ce forum )
 


J'en reviens toujours à la même distinction:

Il y a une différence entre Léon XIII, Benoît XV et Pie XI d'une part, et surtout Pie X et mais aussi Pie XII d'autre part

La différence est dans la façon de mettre en pratique l'enseignement qu'ils donnent respectivement et qui effectivement se recoupe. Mais en pratique la politique de Pie X est diamétralement différente de celle de son prédécesseur et de ses deux successeurs.

Il suffit de songer que Pie X a approuvé La Sapinière, l'a soutenue moralement et financièrement, tandis que Benoît XV en 1921 en a demandé la dissolution:
  
  
Citation:
Pourtant, à Rome, la Sapinière trouva un appui et une caution prestigieuse : celle de Pie X. Là encore, les idées reçues sont bouleversées : l'image traditionnelle oppose à Merry del Val, qui protège Benigni et l'utilise, Pie X qui ne sait pas. Les victimes de l'intégrisme mêmes firent ce schéma qui permettait de ne pas mettre en cause la personne du pape. Or voilà que la réalité est tout autre : Merry del Val est défiant, Pie X bienveillant. Trois brefs autographes, une subvention de mille lires par an, le recours à Benigni pour des missions de confiance (le chef du secrétariat particulier du pape, Mgr Bressan, fait la liaison), autant d'indices. Pie X a protégé la Sapinière. L'écart n'est pas celui que l'on croyait entre Pie X et Merry del Val. S'il y a écart, il est entre les directives du pape et les actes de son gouvernement. Pie X doit temporiser avec les hommes, « conscient des oppositions et des hésitations qu'il suscite jusque dans le Sacré-Collège ». 
 Jean-Marie  Mayeur
Revue d'histoire de l'Église de France  
  Année   1970  
Volume   56  
Numéro   156  
pp. 163-170
 
Quant à Pie XI, sur le plan diplomatique, il n'a eu qu'une hâte, faire renouveler l'épiscopat indépendant mis en place par l'entourage de Pie X et qui lui tenait la dragée haute et l'entravait dans sa volonté de ralliement à la République.

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N.M.
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Inscrit le: 02 Aoû 2012
Messages: 217
Localisation: France

MessagePosté le: Ven 13 Sep 2013, 19:48    Sujet du message: Les principes du ralliement de Léon XIII, par Bernard de Midelt Répondre en citant

 Chère Gentiloup,

Vous et moi sommes d'accord pour tenir :

a) Qu'il y a continuité doctrinale entre Léon XIII et saint Pie X, puis entre saint Pie X et Pie XI,

b) Qu'il y a des différences notables entre la politique ecclésiastique suivie par Léon XIII et Pie XI d'une part, et la politique ecclésiastique de saint Pie X d'autre part.

c) De surcroît, vous et moi sommes d'accord pour estimer plus prudente la politique de saint Pie X.

Par conséquent (et si vous et moi sommes bien d'accord entre nous) nous ne pouvons pas être d'accord avec Bernard de Midelt qui met non pas en accusation la politique de Léon XIII, mais son enseignement.

Encore un peu de patience et je vous montrerai que saint Pie X a enseigné la même chose que Léon XIII sur la question des différents régimes politiques et sur l'appréciation à donner à leur sujet.


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Gentiloup
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Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 885

MessagePosté le: Dim 15 Sep 2013, 19:02    Sujet du message: Les principes du ralliement de Léon XIII, par Bernard de Midelt Répondre en citant

Cher NM, peut-être ai-je mal lu, mais je n'ai pas vu où Bernard de Midelt remettait en cause l'enseignement de Léon XIII, du moins l'enseignement infaillible.

Mais en effet que nous sommes d'accord, quant à nous, sur vos trois points.

Néanmoins j'ajoute que la différence d'application des mêmes principes entre Pie X et son prédécesseur et ses deux successeurs est une différence très lourde de conséquences.
 

Mgr Lefebvre disait:
Citation:
Devant cette déchristianisation nous devons prendre une résolution plus ferme que jamais d'avoir en nous des principes de la foi chrétienne. Et garder fermement ces principes pour agir selon ces principes  quoi qu'il en coûte, même si apparemment nous sommes vraiment considérés comme des gens anachoniques, vraiment des gens retardataires. (Retraite à Ecône 3 sept 1985 dans "Nos rapports avec Rome P. 322)
 

"garder fermement ces principes pour agir selon ces principes quoi qu'il en coûte", il me semble que c'est justement ce que n'ont pas fait, quant aux ralliements, ces 3 papes qui ont malheureusement sacrifié l'application des principes au profit de la diplomatie.

S'il est certain que Pie X était dans la continuité des principes de Léon XIII et que Benoît XV et Pie XI étaient dans la continuité des principes de Pie X, en revanche, l'application de ces principes par Pie X a été complètement différente et bien plus profitable à la Foi.

"On reconnaît l'arbre à ses fruits", les fruits de la politique de Pie X en ce domaine, sont bien meilleurs (et c'est un euphémisme) que ceux des politiques de Léon XIII, Benoît XV et Pie XI.
Cette malheureuse politique du ralliement a été poussée au paroxysme par les papes conciliaires, (qui ont, pour leur part, carrément balayé les principes qui étaient finalement bien gênants), mais elle a ses racines avant Vatican II.
 


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