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Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière

 
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Gentiloup
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MessagePosté le: Lun 7 Oct 2013, 15:52    Sujet du message: Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière Répondre en citant

 
      
        
Suite de l'étude: De Pie X à Jean XXIII, ou de La Sapinière à Vatican II         
        
      
        
___________________________
Introduction 

Depuis le Concile Vatican II, cela fait 70 ans que nous nous éloignons peu à peu de ce qu'est la vie normale de l'Eglise.  

Mgr Lefebvre a fondé la Fraternité Saint-Pie X dans la génération du Concile, à une époque où tous les catholiques pouvaient encore avoir une idée de ce qu'était vraiment la Tradition et l'Eglise. Lui-même était au plus haut point un homme d'Eglise, et un homme d'Eglise éminent, connu, apprécié, respecté, qui avait des amis à la Curie, parmi les cardinaux et les évêques, avec une solide expérience d'enseignement et de hautes responsabilités. A l'époque, pourtant si proche encore, de Mgr Lefebvre, il restait beaucoup de prêtres indépendants, qui dans leurs églises ou leurs chapelles continuaient de faire ce que veut l'Eglise. Mais le temps passe et les générations se renouvellent et ces prêtres les uns après les autres rendent leurs belles âmes à Dieu.  Aujourd'hui, même dans la Fraternité, beaucoup ne savent plus ou mal ce qu'est la Tradition, beaucoup perdent le sens de l'Eglise. La crise à l'intérieur de la Fraternité est à la fois une cause et une conséquence de cet éloignement. Le danger est de se couper de l'autorité de l'Eglise, l'Eglise véritable, le Magistère traditionnel, l'Eglise telle que nous l'a transmise Mgr Lefebvre.  
Or il ne nous faut pas oublier que ce qui importe ce n'est pas de faire ce qui nous plait, ce que nous ressentons comme juste, mais plutôt de faire ce que veut l'Eglise objectivement, c'est-à-dire ce que veut le Bon Dieu, Sa volonté qu'Il a exprimé à travers l'Eglise. 

  
Ne pas oublier que nous sommes l'Eglise, voilà qui devient de plus en plus une gageure au fur et mesure que le temps passe. 
   
 
C'est pourquoi en nous immergeant dans le "catholicisme intégral", - selon la si belle expression de Pie X, qui faisait grincer bien des dents à son époque, - nous revenons, me semble-t-il, à l'Eglise. Cela doit être notre constante volonté: faire ce que veut l'Eglise! Et pour bien faire ce que veut l'Eglise, outre l'étude du catéchisme, le respect des commandements de l'Eglise et l'étude des grandes encyclopédies fondamentales contre-révolutionnaires, il nous faut comprendre ce qu'est le catholicisme intégral en temps de crise. Tout le pontificat de Pie X fut consacré à lutter pour le catholicisme dans son intégrité, alors qu'il était attaqué dans ses fondements. 
   

Cette petite série d'études sans prétention sur le catholicisme intégral n'a pas d'autre espoir que de contribuer si possible à nous immerger dans l'Eglise pour nous en faire vivre.  
  
              
    
    
________________________  
 
     Portrait d'un prélat contre-révolutionnaire
               et  naissance de "la Sapinière"         
              
    
Mgr Umberto Begnini , qui sera à l'origine et au cœur de La Sapinière, a huit ans en 1870 lors de la prise de Rome par les troupes de Victor-Emmanuel II de Savoie. C'est alors que Pie IX se déclare «prisonnier de l'État italien ». Il interdit par son "non expedit", aux catholiques de prendre part à la vie politique italienne. Il  inflige l'excommunication à la Maison de Savoie, à Victor-Emmanuel II et à ses descendants et avec eux à tous ceux qui participent à la vie politique italienne.    
Les relations entre le Vatican et le gouvernement italien seront un peu assouplies lorsque Pie X accédera au pontificat.  
    
    
       

  Mgr Umberto Begnini
         
le jeune Umberto Begnini grandit dans le catholicisme sans compromis du Syllabus et du Non expedit. Il relèvera le défit de l'Action Catholique progressiste, fille de la tendance "ralliériste", en opposant principes contre principes, sans accommodements ni compromissions. Il n'est pas conservateur, il est contre-révolutionnaire, adversaire irréductible du prince de ce monde.      
Par une double vocation qui semble irrépressible, de sa jeunesse à sa vieillesse on le voit journaliste et historien, que fascinent le rôle social et la politique internationale de l'Eglise. Il ne cherche pas le succès, il sert une cause. Entreprenant que rien ne rebute, mais trop passionné pour être carriériste, il va d'instinct au combat. "Plus souple, il aurait fini cardinal: il était sur la voie, il préféra sa liberté d'action. Il la paya cher mais jamais ne la regretta; et il en usa."

Avec lui, la foi retrouve sa dimension eschatologique. Devant les flots libéraux qui montent, l'Eglise doit rester sur ses principes inébranlables. Inlassablement, Begnini s'employa à démasquer les "ennemis du dedans". Lorsque Pie X accède au pontificat il a déjà fait l'expérience de la direction de trois journaux catholiques. Il est professeur de séminaire lorsque le pape, le 24 mai 1906, le nomme sous-secrétaire de la Congrégation des Affaires Extraordinaires, ce qui fait de lui le second personnage du dicastère. En 1908 il est nommé à la réforme de la Curie, ce qui lui donne le cinquième rang à la Secrétairerie d'Etat. Il la quitte en mars 1911 pour un poste dans le collège des protonotaires apostoliques. Cas extrêmement rare, le poste est créé de toute pièce à son intention.                
Prélat hors normes il est d'un tempérament entier et combatif, d'une vitalité puissante, il mènera toujours de front des activités multiples, à la fois hommes d'études et homme de relations, il a le goût des fiches et la pratique des dossiers, il est curieux de tout et informé sur tous.
A la mort de Pie X, la divine parenthèse du catholicisme intégral se referme.
A partir de Léon XIII et son encyclique "Au milieu des sollicitudes", une politique de ralliement  avec les gouvernements, quels qu'ils soient,
est inaugurée et va se poursuivre, même si Léon XIII  revint en partie, en fin de règne, sur  le ralliement en condamnant très sévèrement la démocratie par une autre encyclique. Mais après Pie X, il faudra attendre divini Redemptoris (1937) de Pie XI, lui aussi en fin de règne, pour un nouveau sursaut. Mais alors le catholicisme intégral aura perdu presque tous ses relais et structures au profit du progressisme de l'Action Catholique.            
Donc au lendemain de la mort de Pie X, Mgr Begnini, toujours en alerte, n'aura plus qu'à précéder les papes qu'il ne pourra plus suivre, héraut infatigable d'une croisade où l'Eglise, sans rien désavouer encore, hésite désormais, au plus haut niveau, sur ses orientations.. "Maintiendra-t-elle son intransigeance quand le front principal ne semble plus passer entre  civilisation chrétienne et société moderne? Entre démocraties et révolutions?" Pour Mgr Begnini le démocratisme et le syndicalisme sont les fourriers de la Révolution et "l'internationale blanche" prépare le lit de "l'internationale rouge". A sa mort en 1934, depuis 20 ans, il ne représentera plus que lui-même, mais il s'en faut de beaucoup qu'on puisse en dire autant de sa pensée.
    
Il avait 44 ans quand il entra aux Affaires Ecclésiastiques Extraordinaires. Et là, en dehors même du cadre de ses fonctions, il prit une initiative indépendante de la Curie, mais impensable sans l'agrément de ses supérieurs; en mai 1907 il lançait un petit bulletin de nouvelles religieuses destinées principalement aux journaux, la Corrispondenzza Romana.
Il n'existait à ce moment-là aucun service de presse au Vatican où personne ne se souciait de l'information religieuse. Chaque journaliste s'arrangeait comme il pouvait en l'absence de tout service officiel et de toute agence catholique. Cette modeste feuille en italien paraissait plusieurs fois par semaine. Il perfectionna assez rapidement la formule et la rédaction se fit en français lorsque le titre devint "Correspondance de Rome". La correspondance de Rome parut de 1909 jusqu'en 1912. Les articles les plus importants furent brochés sous le nom de Cahiers contemporains. Il en parut 15.Avec l'Agence Internationale "Roma" (l'A.I.R) début 1912, le système prit de l'ampleur et s'organisa; les cahiers romains prirent le relais des "Cahiers contemporains". D'autres bulletins parurent.A cette activité Begnini s'efforçait de donner depuis 1909 une base religieuse institutionnelle selon une formule très proche de ce que seront les instituts séculiers, il l'appellera le Sodalitium Pianum. Et par abréviation le S.P. dirigé de Rome par une "Diète" de quatre ecclésiastiques, avec des filiales au niveau locale et régional, les "Conférences Saint-Pierre" ouvertes aux prêtres et laïcs selon ses statuts et son programme.
    
    
Begnini entreprit les démarches pour obtenir l'approbation du Saint-Siège et son rattachement direct à la Congrégation consistoriale du très puissant cardinal De Laï.                  
     

Cardinal De Laï (1853 - 1928)
Le cardianl Gaetano De Laï  fut créé cardinal diacre en 1907 par Pie X et nommé secrétaire de la Congrégation concistoriale dont la compétence avait été considérablement accrue avec la réforme de la Curie. Ce fut vraiment l'homme fort du pontificat. Benoît XV et Pie XI lui laisseront sa charge, mais en lui enlevant deux postes clefs: les séminaires et le choix, si important, de la nomination des évêques. Ceci pour favoriser la politique de ralliement avec la France. La formation dans les séminaires et les choix des évêques de la Consitoriale fournissait une armée de futurs prêtres et d'évêques indépendants et doctrinalement sûrs, qui s'adaptaient mal à cette politique. (Voir à ce sujet " L'Eglise et les TROIS ralliements"...").            
En rattachant sa fondation à la Consistoriale Mgr Bégnini mettait toutes les chances de son côté.              
Pour cette étude ma source principale a été comme pour la précédente: "de Pie X à Jean XXIII" ... "Intégrisme et catholicisme intégral", d'Emile Poulat.


La suite au prochain épisode si Dieu veut.                                 
  
  
  
Gentiloup  
 
 
 


Dernière édition par Gentiloup le Mar 8 Oct 2013, 18:31; édité 18 fois
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MessagePosté le: Lun 7 Oct 2013, 15:52    Sujet du message: Publicité

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AupiedelaCroix
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Inscrit le: 31 Aoû 2012
Messages: 285

MessagePosté le: Lun 7 Oct 2013, 18:58    Sujet du message: Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière Répondre en citant

A la mort de Pie la divine parenthèse du catholicisme intégral s'en est allé... Enfin pas encore tout-à-fait puisqu'il y a eu un rebondissement sous Pie XII à l'occasion du procès en béatification de Pie X. Ce qui montre que ce saint pape a creusé un profond sillon... 

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DEO GRATIAS
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Inscrit le: 03 Juil 2012
Messages: 214

MessagePosté le: Mar 8 Oct 2013, 14:42    Sujet du message: Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière Répondre en citant



Pour voir clair aujourd'hui, ces petits rappels historiques ne semblent pas superflus. Nous nous enfonçons dans les ténèbres.

"Notre charge apostolique" contre le Sillon, de Saint Pie X est à opposer, "doctrine contre doctrine", comme il est dit dans cette encyclique, à François-de-Lampedusa:


le Sillon se propose le relèvement et la régénération des classes ouvrières. Or, sur cette matière, les principes de la doctrine catholique sont fixés, et l'histoire de la civilisation chrétienne est là pour en attester la bienfaisante fécondité. Notre prédécesseur, d'heureuse mémoire, les a rappelés dans des pages magistrales, que les catholiques occupés de questions sociales doivent étudier et toujours garder sous les yeux. Il a enseigné notamment que la démocratie chrétienne doit " maintenir la diversité des classes, qui est assurément le propre de la cité bien constituée, et vouloir pour la société humaine la forme et le caractère que Dieu, son auteur, lui a imprimés ". Il a flétri " une certaine démocratie qui va jusqu'à ce degré de perversité que d'attribuer dans la société la souveraineté au peuple et à poursuivre la suppression et le nivellement des classes ". En même temps Léon XIII imposait aux catholiques un programme d'action, le seul programme capable de replacer et de maintenir la société sur ses bases chrétiennes séculaires. Or, qu'ont fait les chefs du Sillon ? Non seulement ils ont adopté un programme et un enseignement différents de ceux de Léon XIII (ce qui serait déjà singulièrement audacieux de la part de laïques se posant ainsi, concurremment avec le Souverain Pontife, en directeurs de l'activité sociale dans l'Église) ; mais ils ont ouvertement rejeté le programme tracé par Léon XIII, et en ont adopté un diamétralement opposé ; de plus, ils repoussent la doctrine rappelée par Léon XIII sur les principes essentiels de la société, placent l'autorité dans le peuple ou la suppriment à peu près et prennent comme idéal à réaliser le nivellement des classes. Ils vont donc, au rebours de la doctrine catholique, vers un idéal condamné.

 
    
Nous savons bien qu'ils se flattent de relever la dignité humaine et la condition trop méprisée des classes laborieuses, de rendre justes et parfaites les lois du travail et les relations entre le capital et les salariés, enfin de faire régner sur terre une meilleure justice et plus de charité, et, par des mouvements sociaux profonds et féconds, de promouvoir dans l'humilité un progrès inattendu. Et certes, Nous ne blâmons pas ces efforts, qui seraient de tous points excellents si les sillonnistes n'oubliaient pas que le progrès d'un être consiste à fortifier ses facultés naturelles par des énergies nouvelles et à faciliter le jeu de leur activité dans le cadre et conformément aux lois de sa constitution, et que, au contraire, en blessant ses organes essentiels, en brisant le cadre de leur activité, on pousse l'être non pas vers le progrès, mais vers la mort. C'est cependant ce qu'ils veulent faire de la société humaine ; c'est leur rêve de changer ses bases naturelles et traditionnelles et de promettre une cité future édifiée sur d'autres principes, qu'ils osent déclarer plus féconds, plus bienfaisants, que les principes sur lesquels repose la cité chrétienne actuelle.
 
    
Non, Vénérables Frères - il faut rappeler énergiquement dans ces temps d'anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et législateur - on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l'a bâtie ; on n'édifiera pas la société, si l'Église n'en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n'est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c'est la civilisation chrétienne, c'est la cité catholique. Il ne s'agit que de l'instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l'utopie malsaine, de la révolte et de l'impiété : omnia instaurare in Christo.
 
    
Et pour qu'on ne Nous accuse pas de juger trop sommairement et avec une rigueur non justifiée les théories sociales du Sillon, Nous voulons en rappeler les points essentiels.
 
    
Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais, cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l'Église est loin d'avoir à se louer. Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome. De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes : Aujourd'hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s'en affranchir : émancipation politique. Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l'exploitent, l'oppriment et l'abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique. Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à. sa domination : émancipation intellectuelle. Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l'égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.
 
    
Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l'égalité (auxquelles viendra bientôt s'ajouter la fraternité), voilà ce qu'ils appellent Démocratie.
 
    
Néanmoins, la liberté et l'égalité n'en constituent que le côté, pour ainsi dire, négatif. Ce qui fait proprement et positivement la Démocratie, c'est la participation la plus grande possible de chacun au gouvernement de la chose publique. Et cela comprend un triple élément, politique, économique et moral.
 
    
D'abord, en politique, le Sillon n'abolit pas l'autorité ; il l'estime, au contraire, nécessaire ; mais il veut la partager, ou, pour mieux dire, la multiplier de telle façon que chaque citoyen deviendra une sorte de roi. L'autorité, il est vrai, émane de Dieu, mais elle réside primordialement dans le peuple et s'en dégage par voie d'élection ou, mieux encore, de sélection, sans pour cela quitter le peuple et devenir indépendante de lui ; elle sera extérieure, mais en apparence seulement ; en réalité, elle sera intérieure, parce que ce sera une autorité consentie.
 
    
Proportions gardées, il en sera de même dans l'ordre économique. Soustrait à une classe particulière, le patronat sera si bien multiplié que chaque ouvrier deviendra une sorte de patron. La forme appelée à réaliser cet idéal économique n'est point, affirme-t-on, celle du socialisme, c'est un système de coopératives suffisamment multipliées pour provoquer une concurrence féconde et pour sauvegarder l'indépendance des ouvriers qui ne seront enchaînés à aucune d'entre elles.
 
    
Voici maintenant l'élément capital, l'élément moral. Comme l'autorité, on l'a vu, est très réduite, il faut une autre force pour la suppléer et pour opposer une réaction permanente à l'égoïsme individuel. Ce nouveau principe, cette force, c'est l'amour de l'intérêt professionnel et de l'intérêt public, c'est-à-dire de la fin même de la profession et de la société. Imaginez une société où, dans l'âme de chacun, avec l'amour inné du bien individuel et du bien familial, régnerait l'amour du bien professionnel et du bien public, où, dans la conscience d'un chacun, ces amours se subordonneraient de telle façon que le bien supérieur primât toujours le bien inférieur ; cette société-là ne pourrait-elle pas à peu près se passer d'autorité et n'offrirait-elle pas l'idéal de la dignité humaine, chaque citoyen ayant une âme de roi, chaque ouvrier une âme de patron ? Arraché à l'étroitesse de ses intérêts privés et élevé jusqu'aux intérêts de sa profession et, plus haut, jusqu'à ceux de la nation entière et, plus haut encore, jusqu'à ceux de l'humanité (car l'horizon du Sillon ne s'arrête pas aux frontières de la patrie, il s'étend à tous les hommes jusqu'aux confins du monde), le coeur humain, élargi par l'amour du bien commun, embrasserait tous les camarades de la même profession, tous les compatriotes, tous les hommes. Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité.
 
    
Or, ces trois éléments, politique, économique, et moral, sont subordonnés l'un à l'autre, et c'est l'élément moral, nous l'avons dit, qui est le principal. En effet, nulle démocratie politique n'est viable si elle n'a des points d'attache profonds dans la démocratie économique. À leur tour, ni l'une ni l'autre ne sont possibles si elles ne s'enracinent pas dans un état d'esprit où la conscience se trouve investie de responsabilités et d'énergies morales proportionnées. Mais supposez cet état d'esprit, ainsi fait de responsabilité consciente et de forces morales, la démocratie économique s'en dégagera naturellement par traduction en actes de cette conscience et de ces énergies ; et de même, et par la même voie, du régime corporatif sortira la démocratie politique ; et la démocratie politique et économique, celle-ci portant l'autre, se trouveront fixées dans la conscience même du peuple sur des assises inébranlables.
 
    
Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve du Sillon, et c'est à cela que tend son enseignement et ce qu'il appelle l'éducation démocratique du peuple, c'est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d'où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l'égalité et de la fraternité.
 
    
Ce rapide exposé, vénérables Frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire que le Sillon oppose doctrine à doctrine, qu'il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et qu'il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine. Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.    

    
Extrait de "Notre charge apostolique"
LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON "     


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Gentiloup
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Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 884

MessagePosté le: Ven 11 Oct 2013, 11:37    Sujet du message: Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière Répondre en citant

Autre Extrait de "Notre charge apostolique" LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON " , à la suite du précédent qui condamne à travers "le Sillon" de Marc Sangnier, la religion conciliaire que nous reconnaissons à chaque ligne:

Récemment, le nom du plus grand Sillon a disparu, et une nouvelle organisation est intervenue, sans modifier, bien au contraire, l'esprit et le fond des choses : " pour mettre de l'ordre dans le travail et organiser les diverses formes d'activité. Le Sillon reste toujours une âme, un esprit, qui se mêlera aux groupes et inspirera leur activité ". Et tous les groupements nouveaux, devenus en apparence autonomes : catholiques, protestants, libres-penseurs, sont priés de se mettre à l’œuvre. " Les camarades catholiques travailleront entre eux dans une organisation spéciale à s'instruire et à s'éduquer. Les démocrates protestants et libres-penseurs en feront autant de leur côté. Tous, catholiques, protestants et libres-penseurs, auront à coeur d'armer la jeunesse non pas pour une lutte fratricide, mais pour une généreuse émulation sur le terrain des vertus sociales et civiques. " (3) Ces déclarations et cette nouvelle organisation de l'action sillonniste appellent de bien graves réflexions.
 
 
Voici, fondée par des catholiques, une association interconfessionnelle, pour travailler à la réforme de la civilisation, oeuvre religieuse au premier chef, car pas de vraie civilisation sans civilisation morale, et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion : c'est une vérité démontrée, c'est un fait d'histoire. Et les nouveaux sillonnistes ne pourront pas prétexter qu'ils ne travailleront que " sur le terrain des réalités pratiques " où la diversité des croyances n'importe pas. Leur chef sent si bien cette influence des convictions de l'esprit sur le résultat de l'action qu'il les invite, à quelque religion qu'ils appartiennent, à " faire sur le terrain des réalités pratiques la preuve de l'excellence de leurs convictions personnelles ". Et avec raison car les réalisations pratiques revêtent le caractère des convictions religieuses, comme les membres d'un corps jusqu'à leurs dernières extrémités reçoivent leur forme du principe vital qui l'anime.
 
 
Ceci dit, que faut-il penser de la promiscuité où se trouveront engagés les jeunes catholiques avec des hétérodoxes et des incroyants de toute sorte dans une oeuvre de cette nature ? N'est-elle pas mille fois plus dangereuse pour eux qu'une association neutre ? Que faut-il penser de cet appel à tous les hétérodoxes et à tous les incroyants à prouver de leurs convictions sur le terrain social, dans une espèce de concours apologétique, comme si ce concours ne durait pas depuis dix-neuf siècles, dans des conditions moins dangereuses pour la foi des fidèles et tout en l'honneur de l'Église catholique ? Que faut-il penser de ce respect de toutes les erreurs et de l'invitation étrange, faite par un catholique à tous les dissidents, de fortifier leurs convictions par l'étude et d'en faire des sources toujours plus abondantes de forces nouvelles ? Que faut-il penser d'une association où toutes les religions et même la libre-pensée peuvent se manifester hautement à leur aise ? Car les sillonnistes qui, dans les conférences publiques et ailleurs, proclament fièrement leur foi individuelle, n'entendent certainement pas fermer la bouche aux autres et empêcher le protestant d'affirmer son protestantisme et le sceptique son scepticisme. Que penser, enfin, d'un catholique qui, en entrant dans son cercle d'études, laisse son catholicisme à la porte, pour ne pas effrayer les camarades qui, " rêvant d'une action sociale désintéressée, répugnent de la faire servir au triomphe d'intérêts, de coteries ou même de convictions quelles qu'elles soient " ? Telle est la profession de foi du nouveau Comité démocratique d'action sociale, qui a hérité de la plus grande tâche de l'ancienne organisation, et qui, dit-il, " en brisant l'équivoque entretenue autour du plus grand Sillon, tant dans les milieux réactionnaires que dans les milieux anticléricaux ", est ouvert à tous les hommes " respectueux des forces morales et religieuses et convaincus qu'aucune émancipation sociale véritable n'est possible sans le ferment d'un généreux idéalisme ".
 
 
Oui, hélas ! l'équivoque est brisée ; l'action sociale du Sillon n'est plus catholique ; le sillonniste, comme tel, ne travaille pas pour une coterie, et " l'Église, il le dit, ne saurait à aucun titre être bénéficiaire des sympathies que son action pourra susciter ". Étrange insinuation, vraiment ! On craint que l'Église ne profite de l'action sociale du Sillon dans un but égoïste et intéressé, comme si tout ce qui profite à l'Église ne profitait pas à l'humanité ! Étrange renversement des idées : c'est l'Église qui serait la bénéficiaire de l'action sociale, comme si les plus grands économistes n'avaient pas reconnu et démontré que c'est l'action sociale, qui, pour être sérieuse et féconde, doit bénéficier de l'Église.
 
 
Mais, plus étranges encore, effrayantes et attristantes à la fois, sont l'audace et la légèreté d'esprit d'hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société dans de pareilles conditions et d'établir sur terre, par-dessus l'Église catholique " le règne de la justice et de l'amour ", avec des ouvriers venus de toute part, de toutes religions ou sans religion, avec ou sans croyances, pourvu qu'ils oublient ce qui les divise : leurs convictions religieuses et philosophiques, et qu'ils mettent en commun ce qui les unit : un généreux idéalisme et des forces morales prises " où ils peuvent ". Quand on songe à tout ce qu'il a fallu de forces, de science, de vertus surnaturelles pour établir la cité chrétienne, et les souffrances de millions de martyrs, et les lumières des Pères et des Docteurs de l'Église, et le dévouement de tous les héros de la charité, et une puissante hiérarchie née du ciel, et des fleuves de grâce divine, et le tout édifié, relié, compénétré par la Vie de Jésus-Christ, la Sagesse de Dieu, le Verbe fait homme ; quand on songe, disons-Nous, à tout cela, on est effrayé de voir de nouveaux apôtres s'acharner à faire mieux avec la mise en commun d'un vague idéalisme et de vertus civiques. Que vont-ils produire ? Qu'est-ce qui va sortir de cette collaboration ? Une construction purement verbale et chimérique, où l'on verra miroiter pêle-mêle et dans une confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d'amour, d'égalité et d'exaltation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal comprise. Ce sera une agitation tumultueuse, stérile pour le but proposé et qui profitera aux remueurs de masses moins utopistes. Oui, vraiment, on peut dire que le Sillon convoie le socialisme, l'oeil fixé sur une chimère.
 
 
Nous craignons qu'il n'y ait encore pire. Le résultat de cette promiscuité en travail, le bénéficiaire de cette action sociale cosmopolite ne peut être qu'une démocratie qui ne sera ni catholique, ni protestante, ni juive ; une religion (car le sillonnisme, les chefs l'ont dit, est une religion) plus universelle que l'Église catholique, réunissant tous les hommes devenus enfin frères et camarades dans " le règne de Dieu ".- " On ne travaille pas pour l'Église, on travaille pour l'humanité ".
 
 
Et maintenant, pénétré de la plus vive tristesse, Nous Nous demandons, vénérables Frères, ce qu'est devenu le catholicisme du Sillon. Hélas, lui qui donnait autrefois de si belles espérances, ce fleuve limpide et impétueux a été capté dans sa marche par les ennemis modernes de l'Église et ne forme plus dorénavant qu'un misérable affluent du grand mouvement d'apostasie organisé, dans tous les pays, pour l'établissement d'une Église universelle qui n'aura ni dogmes, ni monarchie, ni règle pour l'esprit, ni frein pour les passions et qui, sous prétexte de liberté et de dignité humaine, ramènerait dans le monde, si elle pouvait triompher, le règne légal de la ruse et de la force, et l'oppression des faibles, de ceux qui souffrent et qui travaillent.
 
 
Nous ne connaissons que trop les sombres officines où l'on élabore ces doctrines délétères qui ne devraient pas séduire des esprits clairvoyants. Les chefs du Sillon n'ont pu s'en défendre : l'exaltation de leurs sentiments, l'aveugle bonté de leur coeur, leur mysticisme philosophique, mêlé d'une part d'illuminisme, les ont entraînés vers un nouvel Évangile, dans lequel ils ont cru voir le véritable Évangile du Sauveur, au point qu'ils osent traiter Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une familiarité souverainement irrespectueuse et que, leur idéal étant apparenté à celui de la Révolution, ils ne craignent pas de faire entre l'Évangile et la Révolution des rapprochements blasphématoires qui n'ont pas l'excuse d'avoir échappé à quelque improvisation tumultueuse.
 
 
Nous voulons attirer votre attention, Vénérables Frères, sur cette déformation de l'Évangile et du caractère sacré de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu et Homme, pratiquée dans le " Sillon " et ailleurs. Dès que l'on aborde la question sociale, il est de mode, dans certains milieux, d'écarter d'abord la divinité de Jésus-Christ, et puis de ne parler que de sa souveraine mansuétude, de sa compassion pour toutes les misères humaines, de ses pressantes exhortations à l'amour du prochain et à la fraternité. Certes, Jésus nous a aimés d'un amour immense, infini, et il est venu sur terre souffrir et mourir pour que, réunis autour de lui dans la justice et l'amour, animés des mêmes sentiments de charité mutuelle, tous les hommes vivent dans la paix et le bonheur. Mais, à la réalisation de ce bonheur temporel et éternel, il a mis, avec une souveraine autorité, la condition que l'on fasse partie de son troupeau, que l'on accepte sa doctrine, que l'on pratique la vertu et qu'on se laisse enseigner et guider par Pierre et ses successeurs. Puis, si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il n'a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu'elles parussent ; il les a tous aimés pour les instruire, les convertir et les sauver. S'il a appelé à lui pour les soulager, ceux qui peinent et qui souffrent, ce n'a pas été pour leur prêcher la jalousie d'une égalité chimérique. S'il a relevé les humbles, ce n'a pas été pour leur inspirer le sentiment d'une dignité indépendante et rebelle à l'obéissance. Si son coeur débordait de mansuétude pour les âmes de bonne volonté, il a su également s'armer d'une sainte indignation contre les profanateurs de la maison de Dieu, contre les misérables qui scandalisent les petits, contre les autorités qui accablent le peuple sous le poids de lourds fardeaux sans y mettre le doigt pour les soulever. Il a été aussi fort que doux ; il a grondé, menacé, châtié, sachant et nous enseignant que souvent la crainte est le commencement de la sagesse et qu'il convient parfois de couper un membre pour sauver le corps. Enfin, il n'a pas annoncé pour la société future le règne d'une félicité idéale, d'où la souffrance serait bannie ; mais, par ses leçons et par ses exemples, il a tracé le chemin du bonheur possible sur terre et du bonheur parfait au ciel : la voie royale de la croix. Ce sont là des enseignements qu'on aurait tort d'appliquer seulement à la vie individuelle en vue du salut éternel ; ce sont des enseignements éminemment sociaux, et ils nous montrent en Notre-Seigneur Jésus-Christ autre chose qu'un humanitarisme sans consistance et sans autorité.

Suite de 
"Notre charge apostolique"
LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON "
 


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DEO GRATIAS
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MessagePosté le: Ven 11 Oct 2013, 22:46    Sujet du message: Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière Répondre en citant

A ce propos voici une intéressante citation:


 
Citation:
Le catholicisme ou la tentation de l'intégralisme par Escartefigue 2013-10-11 11:30:16
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Tel est le titre d'un article paru dans la Revue théologique de Louvain, 44, 2013, p. 365-387, signé Joseph Famerée, Professeur à la Faculté de théologie, Université catholique de Louvain.

Pour un avant-goût de sa prose, je reproduis ici un § de la page 366.



"De manière plus spécifique, le catholicisme, dans ce qu'il a de plus étroitement confessionnel et typique [note 3. Je vise ici ses marqueurs identitaires les plus prononcés.], est travaillé par une tendance lourde à l'intégralisme : une tendance à "quadriller" l'intégralité du territoire où il est présent et l'intégralité de l'existence de ses membres en la multiplicité de ses dimensions (ritualité, éducation, morale, engagement social et politique), au risque d'occulter de facto l'autonomie de conscience des catholiques et d'adopter une posture polémique d'opposition à tout ce qui semble entraver cette emprise (posture anti-protestante, anti-révolutionnaire, anti-libérale, anti-moderne). [il aurait pu ajouter anti-bourgeoise]. Tel est le système "catholique", fondé sur le pouvoir de juridiction universelle et le magistère infaillible du pape, comme il s'est constitué à la suite du concile de Trente et a été précisé dogmatiquement par le concile Vatican I. Cette structure autoritaire, pyramidale, monarchique se combine subtilement avec une piété populaire vivace, alimentée par des dévotions affectives (mariale, eucharistique, culte des saints...). Telle est, me semble-t-il, l'essence complexe du catholicisme étroitement confessionnel, qui fait sa force sociologique et sa faiblesse évangélique." 


Un morceau de bravoure à mettre dans les annales.

SOURCE 



Pour ce professeur de théologie dogmatique, doyen de la Faculté (2012-2015) à l'Université Catholique de Louvain, directeur du Centre Lumen Gentium, il lui semble que le catholicisme intégrale est : " étroitement confessionnel, [ce] qui fait sa force sociologique et sa faiblesse évangélique."

Bien, il peut, avec François, attaquer le catholicisme intégral, il n'empêche que le modernisme et le libralisme ont été condamnés moult fois par les papes, de tout temps, tandis que jamais l'intégralisme n'a été condamné, bien au contraire, il a été loué souvent et à toutes les époques... Sauf bien sûr depuis que la religion conciliaire de ce professeur a supplanté la vraie religion.


 


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:45    Sujet du message: Le courant anti-ralliement dans l'Eglise du XXème siècle - Naissance de la Sapinière

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