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Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II

 
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DEO GRATIAS
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MessagePosté le: Mar 26 Nov 2013, 12:35    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Suite de: Ne serions-nous pas tous un peu quiétistes ? Partie I


Citation de: Le quiétisme politique – Partie 2 par Stageiritès :
Le quiétisme politique – Partie 2 par Stageiritès • 21 novembre 2013


Partie 2 : Les carences théologiques et politiques du quiétisme – analyse critique

   
 
Introduction

Rien de plus agréable au démon qu’une âme qui cherche les révélations et en est avide ! (Saint Jean de la Croix, la montée du Carmel, Chapitre X)
Dans une première partie nous avions dressé le portait critique du quiétisme, exposant les diverses formes sous lesquelles on peut le rencontrer dans l’histoire récente et particulièrement dans la situation actuelle. Nous allons, dans cette seconde partie, démontrer que cette attitude révèle de grandes carences tant théologiques que politiques, et que le quiétisme politique pose des questions sur l’orthodoxie de ses adeptes.
 
  

 
1. Les références du quiétisme politique aux révélations privées plutôt qu’à la théologie traditionnelle et à la science politique[1]
  • La foi en la Révélation est d’un ordre infiniment supérieur à la croyance dans les révélations privées

 
Les révélations particulières, l’Église n’oblige pas à les croire, même quand elle les approuve. « Par cette approbation, elle veut seulement déclarer qu’elle n’y trouve rien de contraire à la foi et aux bonnes mœurs, et qu’on peut les lire sans danger et même avec profit. »[2]
Le p. Poulain sj cite en appuis Benoit XIV : « que faut-il penser des révélations privées approuvées par le saint Siège […] j’ai dit qu’il n’est ni obligatoire, ni possible de leur donner un assentiment de foi catholique, mais seulement de foi humaine, conformément aux règles de prudence, qui nous les présentent comme probables et pieusement croyables. »[3]
Les révélations privées n’ont donc qu’une autorité purement humaine, même celles reçues par des saints, même celles que l’Église approuve. À plus forte raison, celles sur lesquelles l’Église ne se prononce pas.
Chez les quiétistes au contraire, on voit couramment attaché à de prétendues révélations privées une prééminence de celles-ci sur la raison éclairée par la foi, au mépris des règles de prudence que l’Église nous demande de respecter. Il n’est pas exceptionnel de rencontrer des personnes se disant catholiques qui se feraient hacher menu pour telles ou telles apparitions mais qui font bon marchées des exigences les plus claires du catholicisme en matière de dogme ou de morale.
 
  • La confiance dans les révélations privées ne doit pas se substituer à l’usage de la raison

L’autorité d’une révélation privée n’est que celle d’un témoignage, elle est purement humaine. Les choses qu’elle atteste ne sont jamais certaines. Le contenu d’une révélation privée doit être jugé par la raison éclairée par la Foi et non l’inverse. Ainsi les révélations particulières « ne doivent pas servir à trancher les questions d’histoire, de physique, de philosophie (et donc de science politique) ou de théologie qui sont controversées entre les docteurs. Il est tout à fait permis de s’écarter de ces révélations, même approuvées, quand on s’appuie sur des raisons solides, quand surtout la doctrine contraire est établie par des documents inattaquables et une expérience certaine. »[4]
En effet, en ce qui regarde la foi : « ce qui possède la plus haute autorité, c’est la pratique de l’Église à laquelle il faut s’attacher jalousement en toutes choses. Car l’enseignement même des docteurs catholiques tient son autorité de l’Église. Il faut donc s’en tenir plus à l’autorité de l’Église qu’à celle d’un Augustin ou d’un Jérôme ou de quelque docteur que ce soit. » [5]
« Il faut observer en ce domaine délicat plusieurs réserves très importantes. Il ne saurait être question de nouveautés touchant la doctrine de la foi. Car la Révélation est close depuis la fin de l’Église apostolique, et rien ne peut être ajouté à ce dépôt scellé. Quand l’Église prononce de temps en temps des définitions dogmatiques, elle ne proclame, on le sait, aucune révélation nouvelle, mais ne fait qu’expliciter ce qui était déjà contenu dans le dépôt de la foi. Quant aux révélations des saints mystiques, par exemple d’une sainte Catherine de Sienne ou d’une sainte Térèse d’Avila, elles n’ajoutent rien de substantiel à la doctrine chrétienne et ne font que l’éclairer davantage. »[6]
Le grand docteur mystique qu’était saint Jean de la Croix disait lui-même : « Les visions et les paroles de Dieu s’abstiennent de toute indication qui soit du ressort du jugement et de la prudence humaine ; Il veut qu’on utilise autant que possible les moyens naturels ; Il veut que tout se règle par eux. »[7]
 
  • Il faut éviter les attachements désordonnés aux manifestations préternaturelles

Résumons l’un des arguments des quiétistes:
« Nous connaissons et nous respectons la distinction entre foi dans la Révélation divine et croyance toute humaine dans des révélations particulières. Mais dès que, par les règles de la prudence, du discernement des esprits, on peut avoir la certitude morale de l’origine divine d’une révélation privée, même sans avale de l’Église, n’y a-t-il pas quelque présomption à ne pas se guider sur elle ? N’est-ce pas du naturalisme que de mépriser ainsi les avis qui nous viennent d’en haut ? Sur les problèmes politiques vous raisonnez parce que vous êtes des hommes charnels ; nous autres spirituels, nous nous laissons guider docilement par la sainte Vierge, etc. etc. »
Dans La montée du Carmel, saint Jean de la Croix traite à plusieurs reprises des révélations surnaturelles et toujours pour dire de les repousser, de n’en faire aucun cas :
« Dissipez donc toujours toute représentation et sensation de cette nature. Ne dites pas : elles viennent peut-être de Dieu. En ne les aimant pas et en les repoussant on ne fait à Dieu la moindre offense et on n’en reçoit pas moins l’effet et le fruit que Dieu avait en vue en les suscitant […] Rien de plus agréable au démon qu’une âme qui cherche les révélations et en est avide ; c’est lui présenter toute facilité pour insinuer des erreurs et pour affaiblir la Foi dans la mesure de ses moyens. L’âme ainsi disposée devient très grossière au sujet de la Foi, et par là elle est plus souvent exposée aux extravagances et aux fortes tentations. »[8]
 
En maints endroits le même auteur reprend ces affirmations très nettes et explique longuement les fâcheuses conséquences d’un attachement aux manifestations préternaturelles pour la vie spirituelle. On voit par là ce qu’il faut penser d’une prétendu orientation mystique qui dispenserait de tout effort de la raison et qui opposerait le commun des mortels soumis aux exigences légitimes de la science politique, de l’analyse politique, de la prudence politique à certains charismatiques qui n’auraient pas à s’en soucier. On trouvera d’ailleurs la même doctrine chez tous les grands et véritables mystiques chrétiens.
 
  • Même quand elles viennent de Dieu les révélations peuvent nous induire en erreur

Même les révélations des saints peuvent parfois contenir des erreurs. C’est ce qu’affirme A Poulain en citant trente-deux cas d’illusions[9]. Lorsque l’Église canonise un serviteur de Dieu, c’est sa vertu qu’elle canonise, non ses visions (ou ses écrits).
Mais surtout, nous pouvons mal comprendre les révélations.
Saint Jean de la Croix écrit : « bien des prophéties et locutions divines n’ont pas eu le résultat que les hommes en attendaient, et cela parce qu’ils les comprenaient à leur façon et les interprétaient à la lettre […] Il en est de même des âmes ; elles se trompent dans l’interprétation des paroles, et de bien d’autre façons, au sujet de révélations et de paroles divines ; elles ne comprennent que la lettre, que l’écorce, alors que Dieu a surtout en vue par ces manifestations d’exprimer et de communiquer l’esprit qui s’y trouve renfermé, et qu’il n’est pas facile de dégager […] On voit que même des paroles et des révélations qui viennent de Dieu, sont sujettes à caution, à cause de notre façon de les comprendre […] Pratiquement il n’est donc rien de plus avisé et de plus sûr pour les âmes que de fuir prudemment ces choses surnaturelles. »[10]
 
Par ailleurs, certaines prédictions sont conditionnelles :
« Bien que véridiques en soi, elles ne se réalisent pas toujours quant à nous ; elles dépendent en effet des causes et occasions qui les ont fait naître […] l’effet dépend de la cause et quand celle-ci se modifie, l’effet se modifie avec elle. Supposons que Dieu dise : l’année prochaine j’enverrai un châtiment déterminé à tel royaume, et que ce soit la conduite criminelle de ce royaume à l’égard de Dieu qui justifie cette menace. Si avant le terme annoncé la cause disparaît ou si la nature de l’offense change, le châtiment sera ou bien suspendu ou prendra une autre forme. »[11] Et saint Jean de la Croix de citer l’exemple de Ninive (Jon. III), du roi Achab (Reg III), etc.
« Il ne faut donc pas se persuader que les paroles ou révélations divines, pour véridiques qu’elles soient, doivent infailliblement se réaliser selon le sens des mots, particulièrement quand elles sont subordonnées, par ordre même de Dieu, à des causes humaines qui sont sujettes à mutations et altérations. Dieu seul du reste sait quand elles sont conditionnelles ; cela n’est pas toujours explicite. »[12]
 
Pour guérir ceux qui ne seraient pas convaincus, saint Jean de la Croix développe plus loin tout un chapitre pour montrer que Dieu n’aime pas qu’on l’interroge, au point même de livrer quelquefois à l’aveuglement ceux qui l’irritent en ne suivant pas les sentiers prescrits.[13]
 
  • Les révélations privées n’ont-elles donc aucune utilité ?

Après cette longue mise en garde contre l’attachement désordonné aux révélations particulières, il convient de préciser que ce sont les abus qui sont ici attaqués : Dieu, en effet, ne fait rien d’inutile. Encore faut-il maintenant qu’il s’agisse de véritables révélations divines.
Lorsqu’on a donc de sérieuses raisons de penser qu’une révélation temporelle est bien d’origine divine, ce qui n’est pratiquement le cas que pour celles que l’Église approuve, on peut donc en tenir compte avec prudence et tempérance. Ce peut être une consolation, une incitation à la conversion, à la prière, à l’action, à la pénitence, etc.
Mais il ressort de tout ce qui précède qu’on ne doit pas y attacher une trop grande importance et qu’il est tout à fait illégitime et néfaste d’y voir plus qu’un moyen très secondaire et de vouloir s’y appuyer exclusivement, au détriment de la Foi et de la science politique qui doivent rester souveraines, chacune dans leur ordre.
Il y a donc dans la doctrine catholique de quoi démolir complètement cette prétention fréquente du quiétisme politique à réduire le monde à l’inaction, en attendant la motion divine exprimée par quelque manifestation miraculeuse.
 
  

 
2. Le péché contre l’espérance politique
  • Le désespoir des quiétistes pessimistes

Dans toutes les formes du quiétisme politique on retrouve l’idée commune que le mal actuel dans le monde politique, « la Révolution », résulte d’un décret divin, d’une punition divine etc. Et que corrélativement seul Dieu nous en délivrera par un décret contraire. Peut-on soutenir pareille affirmation ?[14]
Précisons ce qu’est le mal. Le mal c’est l’absence de bien. Il peut être physique (maladie, souffrance, mort) ou moral (fautes personnelles). Dieu ne peut être cause du mal mais il peut le permettre. Plus précisément Dieu ne veut jamais le mal moral mais il peut vouloir le mal physique, toujours en vue d’un bien, à titre de châtiment ou d’épreuve.
La question devient alors : à quelle sorte de mal appartient la Révolution ?
Les idéaux révolutionnaires s’élèvent fondamentalement contre Dieu. La Révolution est donc un mal moral. Par suite Dieu ne peut vouloir la Révolution.
« Or, le mal qui est lié à un bien est la privation d’un autre bien. Jamais donc le mal n’attirerait l’appétit, même accidentellement, si le bien auquel est lié le mal n’attirait pas davantage que le bien dont le mal est la privation. Or, Dieu ne veut aucun bien plus que sa propre bonté ; il veut pourtant tel bien plus que tel autre bien. « En conséquence le mal de faute qui prive la créature de son ordination au bien, Dieu ne le veut en aucune manière. » Mais le mal qui est une déficience de la nature, ou le mal de peine, Dieu le veut en voulant quelque bien auquel est lié un tel mal. Par exemple, en voulant la justice, il veut la peine du coupable, et en voulant que soit gardé l’ordre de nature, il veut que par un effet de nature certains êtres soient détruits. »[15]
Dieu peut seulement permettre la Révolution en vue d’un plus grand bien : pour que les hommes exercent d’une manière héroïque leur fidélité à son égard, pour qu’ils se sanctifient dans la lutte, pour la recherche vertueuse de la reconstruction d’une société politique poursuivant le bien commun et pour la gloire que procureront au Père la persévérance des bons et le triomphe du Christ.
Accidentellement la Révolution est également un mal physique ; à ce niveau ses conséquences sont épouvantables : le bilan des ruines, des souffrances qu’elle traîne derrière elle suffirait pour la juger. C’est précisément cette analyse politique – des désordres de la Révolution – qui a pour mission dans l’ordre providentiel de ramener à la raison ceux qui veulent bien ouvrir les yeux, de les pousser au repentir, à la prière, à la pénitence mais aussi à l’action politique contre les ennemis de la société et de l’Église.
Par contre Dieu, infiniment bon, veut toujours positivement l’ordre de sa justice ; il veut que tous les hommes fassent le bien. Son Fils est mort sur la croix pour les sauver tous (si certains se perdent c’est par leur propre faute et non par la volonté de Dieu). Dieu veut donc aussi nécessairement la condition du salut du plus grand nombre[16] : une société politique poursuivant le bien commun.
Par conséquent dire que Dieu veut la Révolution, c’est se tromper radicalement sur la considération qu’il a pour son œuvre.[17] Cette conception de la Révolution, décret divin, est donc nécessairement fausse. Elle va de pair avec une spiritualité jansénisante, plus fondée sur la crainte servile du Dieu de colère que sur la crainte filiale du Dieu d’amour. Cette idée fausse d’un Dieu qui veut le mal conduira facilement les quiétistes pessimistes au désespoir.
 
  • La présomption des quiétistes optimistes

Saint Thomas lorsqu’il traite des péchés contre l’espérance, après le désespoir, nomme la présomption. Car il est une sorte de présomption qui s’oppose à l’espérance chrétienne, « quand l’homme tend à un bien qu’il estime possible par rapport à la puissance et à la miséricorde divines et qui de fait n’est pas possible : ainsi pour le pêcheur, espérer obtenir son pardon sans pénitence ou la gloire sans mérite […] Cette présomption est à proprement parler une espèce du péché contre le saint Esprit. »[18]
N’est-ce pas dans ce péché que risquent de tomber les quiétistes optimistes lorsqu’ils se confient abusivement en Dieu seul et négligent les devoirs politiques relatifs à leur état d'animal politique ?
Nous avons déjà abordé la question de la manière d’entendre le fait que Dieu veuille tout ce qui arrive. Il est maintenant utile d’y insister en précisant ce qu’est la Providence et de quelle façon s’exerce la toute puissante volonté de Dieu.
 
  

 
3. La Providence

Avant toutes choses, lorsque nous disons qu’il ne faut pas placer son unique espérance dans l'avénement d’un miracle divin, nous ne voulons pas dire que nous nions la possibilité d’une intervention divine. Au contraire, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Dieu intervient tout le temps !
Dieu agit en effet par les causes secondes : « L’exécution de la Providence Divine se fait au moyen des causes secondes ».[19]
Comme Dieu est cause des choses par son intelligence (unie à sa volonté), il doit avoir la connaissance de l’ordre selon lequel toutes choses se rapportent à leur fin : c’est lui-même qui les ordonne ainsi et c’est en cette ordination, raison[20] de l’ordre des choses, que consiste précisément la Providence.[21]
 
Quelques propriétés de la providence :
Le plan providentiel jusque dans ses moindres détails a été immédiatement fixé par Dieu[22], la Providence ; loin de détruire la liberté humaine, Il la sauvegarde[23]. La volonté de Dieu se fera, avec nous ou sans nous : Dieu nous a faits libres et nous a fait causes, nous ne pouvons légitimement nous dérober à sa volonté sur ce point précis. Certes, quoi que nous fassions, la volonté de Dieu s’accomplira, mais il est indifférent à sa gloire et à notre salut que ce soit avec nous ou sans nous. Eventuellement, sa volonté se fera sans nous car Dieu respecte notre liberté et permet le mal moral. Nous pouvons donc agir hors de ses voies ou, ce qui revient au même, rester inertes lorsqu’il faudrait agir. Sa volonté pourra se faire avec nous, et c’est la seule voie possible pour ceux qui veulent la plus grande gloire de Dieu et leur propre salut.
Ceci s’applique à tout l’agir humain et donc aussi à la politique : si la prudence politique démontre qu’une action est possible au vu de la science et de l’analyse politique (et sans une étude sérieuse nul ne peut dire cette action impossible) nous ne pourrons nous y dérober sous quelques prétextes que ce soit, et surtout pas ceux offerts par une révélation fallacieuse.
 
  

 
4. La place de la prière dans le plan divin

Si Dieu a tout prévu, si la providence est infaillible et universelle, quelle peut donc être l’utilité de la prière ? Demander à Dieu ce qu’il a décrété de toute éternité a-t-il un sens ?
La prière se fonde sur la providence. La prière ne tire pas sa force de nous mais de Dieu[24] : dans tous les ordres, en vue de certains effets Dieu a préparé les causes qui doivent les produire; en vue de certaines fins il a préparé les moyens proportionnés. Pour les moissons temporelles, il a préparé la semence temporelle, pour les moissons spirituelles, des semences spirituelles, parmi lesquelles il faut compter la prière.
 
La prière est une cause ordonnée de toute éternité par la providence à produire, dans l’ordre spirituel, cet effet qui est l’obtention des dons de Dieu, nécessaires au salut, comme la chaleur et l’électricité sont les causes ordonnées de toute éternité à produire, dans l’ordre physique, les effets que nous constatons tous les jours.
Bien plus, la prière est un culte rendu à la Providence. Et mieux encore, la prière nous permet de coopérer au gouvernement divin[25]. Par conséquent toute opposition entre la providence, l’action et la prière est sans fondement : la prière, de même que l’action politique, sont des voies établies par Dieu pour réaliser sa volonté.
 
  

 
5. Pourquoi et en quoi nous devons nous abandonner à Dieu ?

Pour éviter l’erreur quiétiste qui fait renoncer à la lutte nécessaire et qui diminue gravement la valeur et la nécessité de l’Espérance, pour éviter aussi les défauts opposés : l’inquiétude, la précipitation et l’agitation fébrile et stérile ; il convient de se pénétrer de quatre principes déjà accessibles à la raison naturelle et clairement exprimés par la Révélation :
a) Rien n’arrive que Dieu ne l’ait prévu et voulu, ou du moins permis.
 
b) Dieu ne veut rien et ne permet rien qui ne soit pour la manifestation de sa bonté et de ses perfections infinies, pour sa propre gloire et le bien de ceux qui l’aiment.
 
c) Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.
Nous n’avons donc, en nous abandonnant à Dieu, rien à craindre à part de ne pas lui être assez soumis. Mais il est nécessaire de préciser en quoi consiste cette soumission : c’est celle d’un être libre, intelligent, et non pas celle d’un programme informatique ni d’un animal ; elle implique donc l’usage de la raison et de la volonté pour comprendre le dessein divin, pour se porter vers celui-ci comme vers un but, mais aussi pour choisir entre les divers moyens qui s’offrent à chaque instant afin d’y parvenir.
 
d) Cet abandon ne nous dispense évidemment pas de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour accomplir la volonté de Dieu signifiée par les préceptes, les conseils et les évènements.[26]
En politique, faire la volonté de Dieu signifiée, c’est faire ce que demande la raison compte tenu de la science politique, de l’analyse politique, de la prudence politique, compte tenu des circonstances de temps et de lieu (favorables) et donc en définitive mener telle ou telle action politique.
Pour le reste, nous devons nous abandonner à la volonté de Dieu de bon plaisir, c’est-à-dire tout ce qu’il veut ou permet et sur quoi nous ne pouvons rien : par exemple l’époque et les circonstances actuelles, l’état dans lequel Dieu nous a placé, les difficultés actuelles de l’action politique et jusqu’aux fautes que nous commettons par faiblesse et qui doivent servir à nous fortifier dans l’avenir.
Le quiétisme n’est donc qu’une très grossière déformation de la doctrine classique de l’abandon à la divine Providence. Son espérance en l’avènement d’un châtiment divin n’est qu’une caricature de la véritable espérance ; c’est bien cette présomption qui fait que l’homme se confie en Dieu d’une manière désordonnée. Il n’y a par là rien d’étonnant à ce que Dieu punisse parfois ceux qui s’y livrent en les abandonnant à un esprit d’aveuglement ou à une cécité intellectuelle qui s’explique mal par les seules causes naturelles.
 
  

 
6. Le quiétisme, négation des lois de l’Incarnation

On l’a entrevu à plusieurs reprises : le quiétisme fait bon marché du mode d’union entre la grâce et la nature (ce qui concerne au premier chef les lois de l'Incarnation). Le quiétisme correspond à une ancienne hérésie voyant dans l’homme une nature complètement viciée ; par suite, le quiétisme méprise l’ordre de la création, en particulier la raison et la liberté humaine[27]. Au contraire, l’enseignement de l’Église tourne autour de cette certitude de la Foi : la Grâce ne détruit pas la Nature.
La grâce divine surélève infiniment la nature humaine puisqu’elle fait de nous des dieux. Dieu en effet, a fait l’homme à son image, à sa ressemblance, dès le commencement. A ceci il ajouta par Grâce (le don de la Grâce sanctifiante, l’Incarnation du Verbe, la Rédemption), le bonheur de devenir ses enfants d’adoption car « toute créature raisonnable[28] participe au Fils par la grâce du saint Esprit qu’il nous a lui-même apporté […] Or quand nous participons au Fils nous participons à Dieu ; et c’est ce que saint Pierre nous enseigne lorsqu’il dit afin que vous deveniez participant de la nature divine. »[29]
Mais dans cette sublime opération, Dieu ne vient pas substituer à la nature humaine une autre nature, il ne vient pas mettre à la place de l’âme humaine un autre principe ; la grâce consiste en une disposition nouvelle que Dieu imprime à l’âme et qui la rend capable de tendre vers la possession d’un bien supérieur à la nature.
La grâce en tant qu’elle est une qualité n’agit pas sur l’âme par manière de cause efficiente mais par manière de cause formelle : ainsi la blancheur rend un objet blanc, la justice fait d’un individu un juste.[30] Et donc, bien que la grâce soit d’un ordre infiniment supérieur à celui de notre nature, elle suppose l’homme existant indépendamment d’elle et elle s’unit à lui comme un accident qui vient perfectionner une substance. L’âme humaine fournit un support à la grâce créée qui vient la faire participer à la nature divine. Ainsi, Dieu veut la coopération des créatures intelligentes, aussi bien dans le domaine temporel de l’ordre naturel par la soumission à la Providence (c’est-à-dire à l’ordre naturel), que dans le domaine surnaturel par la pratique de la vertu surnaturelle et la soumission à son Église ; il ne saurait être question pour l’homme de cesser d’appliquer sa raison à la science politique et d’agir selon la prudence politique sous prétexte de se laisser guider par Dieu, ce qui est par ailleurs un contre-sens (puisqu'user de l’ordre naturel, c’est se laisser guider par Dieu), une grave erreur doctrinale.
 
  

 
Conclusion de l’analyse critique théologique et politique

Au terme de cette analyse critique, on peut répondre aux quiétistes qui souhaitent faire passer leur thèse pour une doctrine spirituelle élevée, que le quiétisme peut être, bien au contraire, source de péchés graves :
  • Péché contre la Foi : la confiance exagérée dans les révélations privées, l’attente de phénomènes préternaturels corrompent la Foi (cf saint Jean de la Croix). On peut en venir en effet à mettre sur le même plan la Révélation et ces révélations. Ou bien on méprisera les vérités de Foi en les regardant comme des croyances humaines ordinaires ou bien on surélèvera au niveau de la Foi des messages dont la crédibilité est toute humaine.

 
  • Péché contre la Foi encore, en niant l’action de la Providence par les causes secondes, comme si Dieu n’avait pas préétablit un ordre adéquat à la réalisation de sa fin dans sa propre création. C’est une apostasie formelle.

 
  • Péché contre l’Espérance par désespoir, par la conception jansénisante d’un dieu-tyran, dont le bon plaisir serait de châtier ceux qui sont prédestinés à sa colère, par une confiance désordonnée en un « dieu faiseur de miracle », espérant de sa toute-puissance des choses qui sont en dehors de l’ordre voulu par Lui : par exemple espérer de Lui seul la cessation d’un mal dont nous sommes co-responsables tant que nous ne nous y opposons pas de toutes nos forces.[31]

 
  • Péché contre la Charité en prétendant aimer Dieu et se contentant de le prier des lèvres, sans daigner faire sa volonté. Car ce n’est sûrement pas faire sa volonté que de refuser d’accomplir son devoir dans le domaine politique qui est celui de la plus haute charité après la prédication évangélique. Ce n’est certainement pas aimer son prochain que de laisser la Révolution le détruire physiquement et spirituellement.

 
Dans la troisième et dernière partie, nous approfondiront les causes psychologiques du quiétisme : le défaut de pratique des vertus naturelles. Nous verrons ensuite, en guise de conclusion, les motifs d’espérance.
 
Thomas Audet
Pour Stageiritès
 
  

 
[1] Vaquié Jean : « Les prophéties publiques sont destinées à toutes les nations et à tous les temps […] Nous souhaitons des prophéties plus détaillées et plus actuelles. C’est le cas précisément des prophéties privées qui nous donnent des espérances plus proches » Réflexions sur les ennemis et la manœuvre, Lecture et tradition n°126 juillet-août 1987, p. 48.
[2] Poulain A. sj, Des grâces d’oraison, éd Beauchesne 1914, p. 334. – Melchior Cano dit dans le même sens: « Peu lui importe que l’on croie ou non aux révélations de sainte Brigitte ou des autres; ces choses ne se rapportent nullement à la Foi. » (De locis theologicis 1 XII, c III).
[3] Ibidem, la citation de Benoit XIV est tirée du De canon. 1 III cIIIn15 et 1 II cXXXII n11.
[4] Cardinal Pitra, Livre sur sainte Hildegarde p. XVI
[5] Somme théologique, IIa-IIae, Q.10, a12, c
[6] Note numéro 59 de la revue des jeunes : Somme Théologique, IIa-IIae, q. 174 a. 6 ad 3.
[7] Jean de la croix st, La montée du Carmel, éd Desclée chap. XX
[8] Jean de la croix st, La montée du Carmel, éd Desclée chap. X
[9] Poulain A. sj, op cit.
[10] Jean de la croix st, op cit chap. XVI
[11] Jean de la croix st, op cit chap XVII
[12] Jean de la croix st, op cit chap XVII
[13] Jean de la croix st, op cit chap XIX
[14] On retrouve cette interprétation notamment chez les écrivains contre-révolutionnaires traditionnalistes du début du XIXème siècle : notamment parfois Joseph de Maistre, souvent Louis de Bonald, mais aussi Donoso Cortes ou Blanc de Saint Bonnet. Leur tendance platonisante et augustiniste n’est pas sans corrélation avec cette interprétation surnaturaliste de l’histoire.
[15] Somme Théologique, Ia, Q19, a9, c.
[16] Pie XII.
[17] Dieu ne veut pas la mort : « Car Dieu n’a pas fait la mort et il n’éprouve pas de joie quand périssent les vivants. » (Sg XI 24). Le sens des châtiments ne peut être que le mal permis et non la volonté d’anéantissement : « Si l’on fait grâce à l’impie, il n’apprend pas la justice. » (Is XXVI 10)
[18] Thomas d’Aquin st, ST 2a 2ae q. 21 – Quelques lignes plus loin il précise « cette présomption qui fait que l’homme s’appuie d’une manière désordonnée sur Dieu est un péché plus grave que la présomption qui le fait se confier à sa valeur personnelle », car c’est un péché contre Dieu.
[19] Saint Thomas d’Aquin, Contra Gentes, Q.77, III
[20] Ratio en latin.
[21] Thomas d’Aquin st, ST Ia q22 a1 – La providence est comme une extension de la sagesse de Dieu… »Sagesse qui atteint avec force d’une extrémité du monde à l’autre et dispose tout avec douceur. » (Sg VIII 1) cité in Garrigou-Lagrange R., La providence et la confiance en Dieu, éd Desclée 1932, III, 1 p 171
[22] Garrigou-Lagrange R., op cit III, 1 pp. 172, 173, 174: « Dieu, à titre de cause non pas unique mais première, est cause de tout à l’exception du mal, à l’exception de cette privation, de ce désordre qu’est le péché. Quant au mal physique et à la douleur, Dieu ne les veut qu’accidentellement pour un bien supérieur. »
[23] Garrigou-Lagrange R., op cit III, 1 pp. 173, 174 : « Bien que la providence, comme ordination divine, s’étend immédiatement à tout ce qu’il y a de réel et de bon, jusqu’aux dernières fibrilles des êtres, cependant lorsqu’il s’agit de l’exécution du plan providentiel Dieu gouverne les créatures inférieures par les supérieures aux quelles il communique la dignité de la causalité (Ia q22 a3). » – Thomas d’Aquin st, Ia q 22 a3 : «  »Quant à l’exécution de cet ordre providentiel Dieu gouverne les êtres inférieurs par les êtres supérieurs, non par une impuissance de sa part mais pour communiquer aux créatures et surtout aux créatures supérieures la dignité de la causalité. »
[24] Garrigou-Lagrange R., op cit III, 5 pp. 221 et s : « La prière a en effet été voulue par Dieu bien avant que nous voulions nous mettre à prier […] La vraie prière faite dans les conditions voulues est infailliblement efficace parce que Dieu, qui ne peut pas se dédire, a décrété qu’elle le serait. »
[25] Garrigou-Lagrange R., op cit III, 5 p. 226 : « C’est l’acte par lequel nous reconnaissons constamment que nous sommes sous le gouvernement de Dieu. […] En priant nous nous mettons à vouloir dans le temps ce que Dieu veut pour nous de toute éternité. »
[26] Garrigou-Lagrange R., op cit IV, 1 et II, 7 respectivement pp. 232 et 167
[27] Le jansénisme en est la caricature.
[28] En état de Grâce, cela s’entend.
[29] Athanase st, Or. In Terrien T. 1 p. 89
[30] Thomas d’Aquin st, ST Ia IIae q 110 a2
[31] « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer », Histoire des variations des églises protestantes, in Œuvres complètes de Bossuet, vol XIV, Jacques-Bénigne Bossuet, éd. L. Vivès (Paris), 1862-1875, p. 145
 
Tags : quiétisme 

  

   
https://www.stageirites.fr/tag/quietisme/   


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MessagePosté le: Mar 26 Nov 2013, 12:35    Sujet du message: Publicité

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Martel
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MessagePosté le: Mar 26 Nov 2013, 20:00    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

"leur état d'animal politique" (Stageirites)


Je ne me rappelle plus du titre d'un très vieux film qui se passait en Provence, peut-être un film de Pagnol?, Vu à la télé dans une émission style "Cinéma de minuit" ou "histoire du cinéma"


Dans ce film un franc-maçon (ou un laïcard) dit au curé que l'homme est "un animal social"
Et si je ne me trompe pas, le curé lui répond, "vous vous êtes sans doute un animal, mais pas moi!"


A chaque fois que je retrouve ce terme d'animal pour qualifier l'Homme, je suis toujours choqué. Même si c'est un terme philosophique lambda.


Non, l'homme n'est ni un animal social, ni un animal politique. C'est un homme, on pourrait dire un "être social" ou "un être politique". ça ne coûterait pas plus et cela ne nous ferait pas confondre le règne animal avec le règne humain composé d'êtres conçus par Dieu à Son image.
Et croyez-moi, j'aime les animaux!


Je ne critique pas le reste du texte que je trouve très bien, mais cela m'a sauté aux yeux.


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Pierre-Julien
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MessagePosté le: Mer 27 Nov 2013, 17:48    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Mais non animal n'est pas un terme philosophique, c'est au contraire un terme d'expérience courante. Animal c'est un être animé, autrement dit avec une âme, avec la différence que les animaux que vous aimez tant, leur âme est mortelle. Si ! Si !  C'est je vous assure les animaux on une âme ; c'est cela que veut dire animal. Et ceci pour le genre.
Maintenant quant à l'espèce, c'est-à-dire ce qui spécifie "l'animal homme" de l'animal tout court : Aristote dit l'homme animal politique. Thomas d'Aquin précise l'homme animal social et politique. Parce que pour l'aquinate, le social c'est le domaine de la famille et des sociétés subsidiaires qui aident la famille ; et politique car l'homme est ordonné au bien commun dans la Cité qui est un produit de la raison.
Raison que l'animal tout court n'a pas : rappelons que Thomas d'Aquin prend précisément l'exemple des abeilles "qui ont un roi" mais pas exactement dans le sens humain puisque dans la Cité des abeilles le politique n'existe pas, seul le social existe.
Vous faites bien d'aimer la création et donc les animaux mais il faudrait bien aussi aimer d'avantage l'aquinate que les animaux. ;-)


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Martel
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MessagePosté le: Mer 27 Nov 2013, 18:12    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Merci beaucoup Cernunos pour cette réponse argumentée. Mais avouez que le terme d'animal a évolué et qu'il n'est généralement pas entendu aujourd'hui comme l'entendait Saint-Thomas d'Aquin. C'est pourquoi il est toujours bon de préciser le sens du vocabulaire employé.


Puisque vous semblez instruit en philosophie, j'ai une question qui me taraude.


Nous avons quelques apparitions qui dans la Tradition et même ailleurs ne peuvent pas être mises en doute, sinon on serait traiter d'iconoclastes, de protestants et même d'apostats. Je pense notamment à Lourdes et à Fatima.


Ainsi si on ne récite pas tous les jour son chapelet on est carrément un agent de l’Antéchrist, or cette demande de la Sainte-Vierge vient de Fatima par l'intermédiaire de voyants.


Alors avec le miracle de la danse du soleil, peut-on ne pas adhérer aux demandes de ND de Fatima via soeur Lucie ? Même si comme l'écrit Sategirites, les révélations ne sont pas des prophéties immuables...
L'abbé de Cacqueray tout dernièrement a encore rappelé à propos de la prétendue consécration du monde à la Vierge par François, que même si elle avait été faite correctement, cette consécration n'était pas conforme à la demande de la Sainte-Vierge. L'abbé de Cacqueray est-il quiétiste ? Question


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Adam du Petit-Pont


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MessagePosté le: Jeu 28 Nov 2013, 18:16    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Cher Martel,


Attention à ne pas confondre philosophie et théologie.


Malheureusement, il semble bien que bon nombre d'abbés possèdent des travers quiétistes et/ou apparitionnistes, Fatima étant souvent source de quiétisme chez les catholiques de Tradition. Cela est difficilement niable. 


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Pierre-Julien
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MessagePosté le: Ven 29 Nov 2013, 16:54    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Cher Martel, il me semble que cet article répond à votre question : il ne faut pas trop donner d'importance aux révélations particulières.

C'est l'enseignement de l'Eglise.


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Quousque


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MessagePosté le: Ven 29 Nov 2013, 21:54    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

A Cernunnos: dire que la différence entre les animaux et les hommes réside dans la mortalité de l'âme, c'est considérer une conséquence importante de la distinction essentielle, mais votre manière laisse penser que c'est la distinction essentielle. L'âme humaine est immortelle car spirituelle, raisonnable; l'âme animale n'est pas spirituelle: voilà la différence. L'âme humaine assume ce qui revient à l'âme animale (et végétative): nous n'avons qu'une âme. Mais âme animale et âme humaine ne sont pas de même nature.

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Pierre-Julien
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MessagePosté le: Sam 30 Nov 2013, 08:59    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Je ne faisais pas un cours de philosophie sur le mot "animal" (Martel, disait que ce mot était utilisé dans un sens philosophique). J'expliquais inductivement la distinction d'Aristote (et Thomas d'Aquin) à quelqu'un qui aime - à juste titre - les animaux, c'est tout. De la manière la plus triviale possible. Et qui apparemment à bien compris ce dont il s'agit.

Et sinon, que pensez-vous de l'approche du quiétisme proposée par cet article ? Ce serait dommage de se focaliser sur un sujet annexe.


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Quousque


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MessagePosté le: Sam 30 Nov 2013, 22:24    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Je loue Thomas Audet! Mais je me demande s'il ne suggère pas au fond que tous s'adonnent à la science politique, car ce serait désastreux et ... cuistreux.
Et puis les circonstances de l'effondrement de la société sont là. Au moment de l'effondrement des tours, les sages parmi les malheureux ont-ils crié "formez-vous à l'architecture, voilà votre rôle et c'est ce qui nous sauvera" ?


Alors, que Thomas Audet 


Citation:
[ne cesse] d'appliquer sa raison à la science politique





car il est taillé pour cela! 


Mais quand il dit:
Citation:
il ne saurait être question pour l’homme de cesser d’appliquer sa raison à la science politique et d’agir selon la prudence politique sous prétexte ... 
 


 
cela doit s'entendre non pour l'homme en général, pour ce qui regarde la science; pour l'agir, c'est sans doute différent. 

Je comprends de plus en plus l'appel au bon sens, de Mgr Williamson, au point même de se débarrasser de spiritualité devenue compliquée. Cela rejoint ce qui est dit du quiétisme. Des fausses raisons dévotes ne doivent pas nous détourner des moyens donnés à notre nature et proportionnés à la fin: du bon sens! L'étude de la science politique ou de la philosophie sans le bon sens et la connaissance du réel seraient de mauvaises voies. Il vaut mieux un taxidermiste au point, et non philosophe, qu'un philosophe parlant bien et ne connaissant pas la nature animale.


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Aurore
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MessagePosté le: Sam 30 Nov 2013, 22:54    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Je crains de me tromper parce que je suis pas très forte en philosophie, mais au risque de paraître cuistre, votre phrase m'interroge Mr. Green   
Citation:

L'étude de la science politique ou de la philosophie sans le bon sens et la connaissance du réel seraient de mauvaises voies - Quousque


La philosophie par excellence, celle de saint Thomas d'Aquin, n'est-elle pas ancrée sur le réel ? N'est-ce pas un peu redondant, pour un catholique traditionnel, de dire que la philosophie doit être ancrée sur le réel? A moins qu'on préfère la philosophie de Rousseau et de Bernard-Henri Lévy ?


Enfin ce que j'en dit, c'est surtout pour causer, et puis j'ai horreur des taxidermistes.


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Pierre-Jean


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MessagePosté le: Dim 1 Déc 2013, 15:49    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Cher Quousque,  
  
Excusez-moi, j’ai dû rater un épisode : où trouvez-vous un appel au bon sens de Mgr Williamson, au point même de se débarrasser de spiritualité compliquée ?  
Si cela est, donnez-moi des références mais cela signifierait que Mgr Williamson a changé d’avis sans nous prévenir. Ce serait vraiment dommage !  
  
En effet, dans son Commentaire Eleison du 19 mars 2011, on peut lire : " Car si depuis des années l'incidence des tremblements de terre et des autres désastres naturels augmente constamment dans le monde entier, n'est-ce pas que le Bon Dieu cherche à attirer notre attention, en espérant peut-être nous éviter la" pluie de feu " dont sa Mère nous a avertis à Akita (au Japon) en 1973 ? "  
Les apparitions d’Akita ont été reconnues par l’Église officielle le 22 avril 1984, c’est-à-dire bien après le Concile Vatican II. Quand bien même ces apparitions seraient réelles, en avons-nous vraiment besoin dans la tradition, alors que la situation de l’Église est déjà si compliquée ?  
  
Puis dans le Commentaire du 21 mai 2011 : " A la fin du Poème de l'Homme-Dieu Notre Seigneur - si c'est bien lui, et je le crois - dicte à Maria Valtorta les sept raisons pour lesquelles il a fait don au monde moderne de cette longue série de visions de sa vie. "  
Et enfin dans le Commentaire du 20 octobre 2012 : " De la lecture vivante et non-électronique du Poème [Poème de l’Homme-Dieu] à la maison, je peux imaginer de nombreux bienfaits possibles, outre le contact réel et vivant entre les parents qui lisent et les enfants qui écoutent. "  
L’ouvrage de Marie Valtorta a été interdit de publication en 1949 par la Congrégation pour la doctrine de foi. Le livre fut néanmoins publié en 1956-1959. Il a alors été mis à l’Index par le Vatican le 16 décembre 1959.   
Et même le Cardinal Ratzinger, en 1985, confirmait que la diffusion de cet ouvrage n’était pas opportune !  
  
Ces références à une apparition privée reconnue par l’Église conciliaire, puis à un ouvrage mis à l’index avant le Concile, est-ce, à votre avis, un appel au bon sens ? Est-ce le meilleur moyen de ne pas nous compliquer la spiritualité ?  
  
Mais, au fait, Quousque, peut-être ne lisez-vous pas les Commentaires hebdomadaires de Mgr ?  
 
 
   


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Quousque


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MessagePosté le: Dim 1 Déc 2013, 17:46    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Cher Pierre-Jean,


votre remarque est opportune!
Dans son projet de séminaire, Mgr Williamson ne prévoit pas de spiritualité, et j'ai cru comprendre que c'était dans un but de simplification dans un bon sens. Privilégier sans doute d'avoir les pieds sur terre. Pour ce qui est de l'appel au bon sens, je ne retrouve pas la référence ... mais c'est toujours la même idée.


Mais, oui, s'appuyer sur ces révélations vient contredire cet appel, vous avez raison. Le livre de l'abbé Erbach (FSSPX) faisant le point sur Marie d'Agreda, Anne-Catherine Emmerich et Maria Valtorta est édifiant! (Pour Anne-Catherine Emmerich, le rédacteur est spécialement mis en cause). Comment un catholique ne rejette-t-il pas Maria Valtorta? (Elle "fait" dire à la Sainte Vierge: je suis allée à l'extrême de l'humilité -quelle antiphrase!- et d'autres choses qui sentent l'orgueil, ainsi que toutes ces petites révélations pour la curiosité, alors que la Sainte Vierge dans ses grandes apparitions ne fait que "révéler" ce que l'Eglise nous propose déjà!) Le bon sens catholique les fuit!


Il y a donc une contradiction certaine. Certes, je comprends que des prêtres devenus isolés recherchent une correspondance de leur situation avec des révélations. Il y a certainement dans cet éparpillement des clercs fidèles un signe de la fin des temps. La disparition de l'autorité est impressionnante: par exemple celle que tenait Mgr Fellay de Mgr Lefebvre et qu'il dilapide au risque de ne pas être en mesure de réparer les dégâts, quand bien même il le voudrait, car son expérience n'est pas celle de Mgr Lefebvre. Ceci est bien analysé par Mgr Williamson, n'est-ce pas? Mais je compatis au désarroi dans lequel se trouvent où vont se trouver les prêtres. C'est leur rattachement à la Sainte Eglise, de laquelle ils reçoivent un office, qui semble leur échapper. Quelle épreuve!


(Je ne suis pas régulièrement les commentaires Eleison: disons une a deux fois par mois. Et pour votre curiosité aussi: je n'ai jamais rien lu de ces trois vraies ou fausses mystiques en dehors de l'étude de l'abbé Erbach). 


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Pierre-Jean


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MessagePosté le: Dim 1 Déc 2013, 21:36    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Cher Quousque,

Je vous remercie beaucoup de votre réponse.
« Certes, je comprends que des prêtres devenus isolés recherchent une correspondance de leur situation avec des révélations. »
Le recours aux révélations privées peut, bien sûr, dans ces conditions, s’expliquer mais il ne s’excuse pas : il est forcément dangereux pour la foi. D’ailleurs vous-même ajoutez à propos de ces révélations : « Le bon sens catholique les fuit ! »
Si la situation actuelle révèle chez certains ecclésiastiques des fragilités de ce genre, il est indispensable de ne pas attendre d’eux plus qu’ils ne peuvent porter dans la lutte et l’organisation de la résistance.
Dieu suscitera peut-être des âmes bien trempées qui porteront un peu plus pour tous les autres…
Pierre-Jean

PS : « Mais je compatis au désarroi dans lequel se trouvent ou vont se trouver les prêtres. C'est leur rattachement à la Sainte Eglise, de laquelle ils reçoivent un office, qui semble leur échapper. Quelle épreuve ! »
Comme je comprends, et comme je compatis moi aussi !


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Gentiloup
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MessagePosté le: Lun 2 Déc 2013, 19:54    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Vos messages en disent long, cher Pierre-Jean. Merci  de montrer autant de retenue tout en posant de vrais problèmes.

Je savais, parce que c'est une tendance très bien partagée, particulièrement dans la Tradition, que Mgr Williamson avait un penchant apparitioniste, mais je ne m'étais pas arrêtée sur ce qu'impliquait certains de ses commentaires.

Je me rappelle de sa recommandation concernant Maria Valtorta, mais d'une part j’ignorais qu'elle avait été mise à l'index et d'autre part, n'ayant pas du tout le penchant apparitioniste, je ne m'y étais pas arrêtée du tout. J'ai reçu gratuitement, un CD de Maria Valtorta, par je ne sais quel biais, je n'ai même jamais éprouvé la curiosité de l'écouter. Mais je suis bien contente de savoir que ses visions ne sont pas orthodoxes, comme cela je vais jeter ce CD qui traîne dans mes affaires.

Quant à Akita, Mgr me l'avait recommandé, j'étais donc allée sur Internet chercher, mais n'ayant toujours pas plus cette fibre des prophéties, je n'avais pas creusé du tout.
    
  

Pierre-Jean a écrit:

PS : « Mais je compatis au désarroi dans lequel se trouvent ou vont se trouver les prêtres. C'est leur rattachement à la Sainte Eglise, de laquelle ils reçoivent un office, qui semble leur échapper. Quelle épreuve ! »
Comme je comprends, et comme je compatis moi aussi !

 
Comme vous, je suis très inquiète des libertés qui parfois se prennent avec l'Eglise, paradoxalement au nom de l'intégrité; nous ne devons pas oublier, ni les prêtres, ni les fidèles,  que nous sommes d'Eglise, que nous sommes l'Eglise militante, mais que nous ne militons pas pour une cause arrangée en fonction de nos épreuves, mais pour les fins de l'Eglise, soumis à l'Eglise. Comme vous dites, quelle épreuve! Et autant pour les fidèles que pour les prêtres! N'oublions pas toutes les âmes qui se perdent chaque jour parce que nous ne savons pas témoigner correctement de la Foi.      

    


Dernière édition par Gentiloup le Jeu 5 Déc 2013, 17:32; édité 2 fois
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Pierre-Julien
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MessagePosté le: Jeu 5 Déc 2013, 17:27    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II Répondre en citant

Je me permets d'attirer l'attention sur un autre aspect de cette étude sur le quiétisme : la Providence n'est pas une " faiseuse" de miracle permanent. 


Cette notion mérite d'être méditer et, il me semble que l'auteur aurait pu commencer par là son exposé. 
Une saine compréhension de ce qu'est la Providence est l'antidote à tout apparistionisme et à tout quiétisme.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 21:03    Sujet du message: Ne serions-nous pas un peu quiétistes ? Partie II

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