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Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil

 
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tropdenoms
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MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 15:11    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

Une information intéressante de la Vie, vue sur le Forum Catholique!

La Vie : "50 ans après Vatican II La révolution inachevée par Jean-Paul PARFU 2012-10-01 12:43:08
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C'est le titre du numéro spécial de "La Vie" sorti cette semaine, et consacré au "50 ans du concile" !

C'est déjà tout un programme.

Mais quelle n'est pas ma surprise de lire à la page 29 de ce numéro :

"Basile Valuet, moine "Pourquoi mon monastère s'est finalement converti à la vision de Vatican II"".

Le Barroux se serait donc converti à la vision de Vatican II (il s'agit bien d'une conversion, vous l'avez lu, à une autre Eglise : l'Eglise conciliaire), laquelle serait une "révolution inachevée" selon "La Vie".

Le Barroux se serait donc converti à la révolution et plus spécialement à la révolution dans l'Eglise ?

Bravo, père Basile pour cette conversion et pour cet aveu dans ce grand hebdomadaire catholique qu'est "La Vie" !!!
      

Bravo père Basile!  Okay Voilà un rallié qui ne se raconte pas d'histoire et qu'achève le commentaire de la Vie ex catholique.

Merci JP PARFU pour cette belle trouvaille!
[Modération: Cher Tropdenoms, je me suis permise de changer vos titres pour insérer l'article complet de "la Vie" et celui de Don Thomas d'Aquin]


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MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 15:11    Sujet du message: Publicité

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Gentiloup
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Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 884

MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 16:54    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

Voici l'article complet de La Vie:
(Suivi de l'histoire du ralliement de Dom Gérard Calvet raconté par Don Thomas d'Aquin . Santa-Cruz, Brésil)



http://www.lavie.fr/

 
Citation:

La Vie



50 ans après Vatican II Basile Valuet, moine : « Pourquoi mon monastère s’est finalement converti à la vision de Vatican II »
Jean Mercier - publié le 27/09/2012
Basile Valuet, de l’abbaye bénédictine du Barroux (84), qui a rompu avec les lefebvristes, sur la question de la liberté religieuse.




« Mon monastère, avant 1988, suivait les positions de Mgr Marcel Lefebvre. Celui-ci rejetait la déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse, où il croyait que l’Église, se reniant, reconnaissait la liberté de conscience que les papes Grégoire XVI et Pie IX avaient condamnée un siècle plus tôt. À partir de 1986, notre fondateur, dom Gérard Calvet, m’a demandé de creuser le sujet. J’en ai tiré la conviction qu’il n’y avait pas de contradiction entre Vatican II et ce qu’avaient dit les papes au XIXe siècle, pour la bonne raison que le concept de liberté religieuse avait changé, et qu’on ne parlait plus de la même chose.

Au XIXe siècle, Grégoire XVI et Pie IX condamnaient une liberté civile au sens d’une licence donnée par l’État à ­chacun de pratiquer la religion qu’il voulait ou aucune, selon le choix capricieux d’une conscience sans loi. Derrière cette liberté-là se profilait un rejet violent de la religion, une vision de l’homme qui ne doit rien à Dieu, alors qu’on se trouvait encore, en Europe, en régime de chrétienté.

En 1965, nous sommes dans un tout autre contexte : l’Église opère dans un univers mondialisé où la pluralité de fait des confessions et des religions est devenue incontournable. La liberté religieuse de ­Vatican II est le droit pour toute personne de ne pas être empêchée, par la force, d’agir selon sa conscience en matière religieuse. Vatican II sanctuarise pour chacun un espace de liberté propre, où les autres le laissent en paix pour chercher la vérité, même s’il peut se tromper.

Pour autant, cette liberté n’est aucunement un « droit à l’erreur », comme le pensait Mgr Lefebvre, car Vatican II maintient l’obligation pour tous d’adhérer à la vraie religion, et même de se défendre de l’erreur, y compris légalement, si l’erreur met en péril l’ordre public juste. Mgr Lefebvre n’a pas su voir la portée de ces distinctions. C’est pour cette raison, entre autres, que nous n’avons pas pu le suivre après les sacres épiscopaux de 1988. »








Dernière édition par Gentiloup le Mar 2 Oct 2012, 17:03; édité 1 fois
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Gentiloup
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Inscrit le: 21 Juin 2012
Messages: 2 884

MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 17:02    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

DOM GÉRARD CALVET
par le Père Thomas d'Aquin - Septembre 2011 - Bulletin de la Sainte-Croix N° 45
  

 SOURCE EN FRANCAIS DANS LE TEXTE

 
Nous étions au mois de Mai 1974 quand je suis arrivé à Bédoin, accompagné par un ami de ma famille, M. Gladstone Chaves de Melo.

Je vois encore cette porte de service qui donnait sur la route, et Dom Gérard, en habit de travail, qui nous a reçus avec une grande gentillesse. Le cadre du monastère et le monastère lui-même étaient très beaux, surtout la petite chapelle du XIième siècle avec sa tour au sommet arrondi. Dom Gérard avait tout aménagé avec goût, en gardant un esprit de grande pauvreté. Sur la table de notre cellule j’ai trouvé le livre « La doctrine Monastique de Dom Romain Banquet », où j’ai pu pendre connaissance de la vie et de l’œuvre du Père Muard.

Quelques mois après, le 2 octobre au soir, j’ai reçu l’habit et j’ai commencé mon noviciat.

A cette époque Dom Gérard était très uni à Mgr. Lefebvre. Il sera même suspens a divinis et exclu de l’ordre bénédictin à cause de son attachement au fondateur d’Ecône, puisque à la suite d’un passage de Mgr. Lefebvre au monastère en 1975, une terrible tempête s’est déchainée sur notre communauté. Monseigneur avait conféré les ordres mineurs à deux de nos frères, les frères Jehan de Belleville et Joseph Vannier. Cela avait suffit pour que le Père Abbé de la Pierre-Qui-Vire, Dom Denis Huerre, vienne nous rendre visite. Autant que j’ai pu comprendre il voulait enlever Dom Gérard et mettre un autre supérieur à sa place. Les moines, réunis au chapitre devant un supérieur en costume, ont déçu les espérances de ce dernier. Dom Denis est réparti fort mécontent et nous avons été exclus de l’ordre bénédictin.

En 1976 notre frère Jehan de Belleville a été ordonné prêtre à Ecône, en cette cérémonie qui est restée gravée pour toujours dans la mémoire des assistants. Mgr. Lefebvre venait de prendre la résolution d’aller de l’avant dans son combat pour la Tradition malgré les interdictions de Rome. « Je ne veux pas entendre, après ma mort, Notre Seigneur me dire : ‘Alors, vous aussi, vous avez contribué à détruire mon Eglise’ ». Tout le monastère, et Dom Gérard en tête, était uni de cœur et de pensée avec le grand évêque dont la foi et la confiance en Dieu étonnaient le monde entier et remplissaient d’admiration et de joie les vrais catholiques.

Cette même année, j’ai fait mes vœux perpétuels. Gustavo Corção est venu pour la cérémonie. Il a écrit ensuite un bel article sur Dom Gérard et le monastère. Il semblait heureux du choix fait par son ancien élève. Deux ans plus tard, il s’éteignait en sa maison, à Rio, laissant l’exemple d’une fidélité qui ne s’était jamais démentie.

En 1980 j’ai été ordonné prêtre à Ecône. Tout souriait à la jeune communauté qui semblait être la branche religieuse la plus vigoureuse et la plus fidèle de la Tradition. Des vocations de presque tous les continents nous arrivaient et nous nous apprêtions à déménager pour le Barroux, quittant à regret, le petit monastère de Bédoin, trop exigu pour recevoir les nombreux candidats qui frappaient à nos portes.

Cependant, malgré l’enthousiasme qui régnait au monastère, il y avait déjà chez nous quelque chose de fort inquiétant qui explique, à mon avis, la dérive qu’allait connaître notre communauté quelques années plus tard. Cela peut surprendre. Le monastère ne jouissait-il pas, à juste titre, de la considération et de l’estime générale ? Toute la chrétienté, comme disait un père dominicain, n’y venait-elle pas pour s’abreuver aux sources limpides de la Tradition ? Il n’y a pas de doute que plusieurs ont trouvé ou retrouvé la Tradition à Bédoin. Cependant quelque chose nous manquait et ce qui nous manquait était cela même qui faisait le centre et la raison d’être de l’œuvre de Mgr. Lefebvre : la formation sacerdotale à la foi de la communauté et, il faut le dire, de son supérieur.

Quelqu’un m’a dit que Mgr. Lefebvre avait proposé à Dom Gérard d’envoyer ses futurs prêtres à Ecône. C’est bien probable. Monseigneur a toujours ouvert généreusement les portes de son séminaire. Mais le fait est que Dom Gérard a préféré nous garder au monastère. C’était peut-être mieux pour la formation religieuse, mais certainement pas pour la formation sacerdotale.

Il vaut la peine de s’attarder un peu sur cette question parce qu’elle est capitale. La formation donnée à Bédoin, quand je suis arrivé et jusqu’à mon ordination, était assez informelle. Dom Gérard, il est vrai, faisait appel au dévouement de quelques savants religieux qui venaient nous faire quelques cours. C’est ainsi que nous avons eu le Père Guérard des Lauriers OP pour la Métaphysique et le Père Simon OMI pour les sacrements et bien d’autres pour des conférences fort intéressantes ou pour des retraites. Ainsi nous avons pu connaître le Père Eugène de Villeurbanne OFM, le Père de Chivré OP, le Père Philibert de Saint Didier OFM, le Père de Monléon OSB et des laïcs comme Jean Madiran, Pierre Virion, Gustave Thibon, Hugues Kéraly, et bien d’autres. Mais ces conférences et même ces cours ne formaient pas un ensemble capable de nous donner une vraie et solide formation. Les cours, d’ailleurs, n’étaient pas donnés dans l’ordre voulu et, pour la pluspart, ils sont restés bien incomplets. Dom Gérard s’est alors improvisé professeur pour nous enseigner quelques traités, celui de l’Eglise en suivant Journet, celui du ‘de Deo Uno’ et du ‘De Trinitate’, mais d’une manière trop sommaire, malheureusement. Il demandait aussi aux moines qu’ils se donnent des cours les uns aux autres alors que nous n’en étions pas assez capables. Il y avait très peu de classes par semaine et les examens étaient rarissimes. C’est ainsi que plusieurs matières sont restées plus au moins ignorées ou mal approfondies par la première génération de Bédoin.

Dom Gérard lui-même était très éclectique. Il avait fait sa synthèse, comme il disait, en prenant des matériaux un peu partout. Il pensait que nous devions être capables de faire de même. Comme les abeilles font leur miel de l’essence de toutes les fleurs, disait-il, le moine doit pouvoir faire son miel de plusieurs auteurs différents. Même chez les fleurs vénéneuses le moine prudent sait trouver son avantage. C’est bien beau, mais tout d’abord il faut devenir ce moine prudent, et pour cela on ne nous donnait pas les moyens adéquats.

La manière de faire de Dom Gérard était plus romantique que réaliste. Saint Thomas, selon lui, avait un système. D’autres en avaient d’autres. Cela laissait planer un doute sur le bien-fondé d’une formation franchement scholastique et de sa réelle nécessité telle que Saint Pie X la présente dans l’encyclique Pascendi, et dans le Code de Droit Canonique.

Dom Gérard était beaucoup plus proche des écrivains que des théologiens. Nous avions souvent l’impression de faire davantage de littérature à Bédoin que de la vraie philosophie et de la vraie théologie.

Le résultat était que de la scholastique nous connaissions plutôt le nom que la méthode, et de la Somme, plutôt les conclusions que l’argumentation. Nous contemplions de l’extérieur le bel édifice doctrinal de l’Eglise sans pénétrer vraiment dans l’intérieur et si nous y pénétrions quelque peu c’était comme des profanes et non comme des hommes de métier. On peut dire que le rôle des moines n’est pas celui de devenir des théologiens. Les contemplatifs n’ont pas besoin d’un grand bagage pour s’adonner à la contemplation. Cela peut être vrai dans certains cas mais, si nous étions destinés à recevoir le sacerdoce, si nous étions moines et prêtres, si parmi nous certains étaient destinés à enseigner, alors, il est peu concevable que nous ne soyons pas formés à la méthode de Saint Thomas, selon les directives de la Sainte Eglise, surtout dans la crise actuelle.

La théologie morale était encore une autre épine. Dom Gérard semblait méfiant vis-à-vis des auteurs communément enseignés. Quand je suis allé à Ecône pour une année d’études et de repos, quatre ans après mon ordination, en 1984, Dom Gérard m’a défendu d’assister aux cours de morale de l’abbé Laroche dont le livre de référence était Prümmer OP. Certainement Dom Gérard le trouvait quelque peu borné ou insuffisant ou peut-être y a-t-il encore quelque chose qui m’échappe ? Et à coté de cela, Dom Gérard téléphonait souvent à Mgr. Lefebvre pour lui soumettre des cas de morale dont la réponse était, tout simplement, dans les livres qu’il n’étudiait pas ni ne voulait que nous étudiions. Conduite contradictoire, fruit de ce manque de formation sacerdotale pour ne pas dire de ce manque de foi éclairée ou, au moins, de bon sens.

Au manque de science s’ajoutait, comme il était prévisible, la fausse science. C’est obligé. Que de choses étranges nous avons entendues dans l’enceinte du monastère, soit dans les cours, soit dans des conversations avec les professeurs ou avec Dom Gérard.

La thèse selon laquelle des erreurs se trouvent dans l’Ecriture y a été enseignée et nous avons eu du mal à faire comprendre à Dom Gérard que cela était faux et combien grave. Des tendances vers la liturgie de Paul VI se faisaient jour dans la communauté et des innovations ont été introduites dans ce sens à la messe. En exégèse nous entendions la fausse théorie du Père Benoît OP au sujet de l’identification entre Résurrection et Ascension. Sans tomber dans l’excès de dire qu’à Bédoin et au Barroux nous étions des modernistes, il est certain que nous n’avions pas en Dom Gérard la même pureté, vigilance et sûreté doctrinale qu’en Mgr. Lefebvre. Si nous n’étions pas des modernistes le climat qui y régnait ne nous protégeait pas assez contre leurs doctrines ni contre un certain libéralisme.

Je me suis ouvert à Mgr. Lefebvre de tout cela quand j’étais à Ecône. Il m’a écouté paternellement. Il m’a invité à la patience. Malgré sa préoccupation Monseigneur avait la sagesse qui sait que les choses humaines sont, par nature, imparfaites, fragiles, périssables, sujettes à des sursauts salutaires ou alors à des chutes irréparables. Cela n’était pas encore le cas, mais allait le devenir, malheureusement.

C’est à cette époque, 1984 ou 1985, que Dom Gérard est allé à Rome pour, si je ne me trompe, traiter de la régularisation de notre monastère, exclu depuis 1975 de l’ordre bénédictin. Il a vu alors le cardinal Ratzinger et en est revenu ébloui. « Le cardinal, disait-il, est quelqu’un avec qui on peut travailler. Mgr. Lefebvre est trop renfermé. » Et il mimait l’attitude de Monseigneur comme quelqu’un qui boude dans son coin. « D’ailleurs, il n’est pas nécessaire que soit Mgr. Lefebvre qui ordonne nos prêtres. Un autre évêque peut aussi bien le faire, pourvu que ce soit avec l’ancien rituel. » On avait froid dans le dos en entendant tout cela.

Dom Gérard décide alors de faire un accord avec Rome. Mais il veut d’abord obtenir l’approbation de Mgr. Lefebvre. Il lui téléphone. Monseigneur en est épouvanté et fait tout pour dissuader Dom Gérard. Mais Dom Gérard tient à son idée. « Il faut savoir perdre une bataille pour gagner la guerre », disait-il. Mgr. Lefebvre téléphone alors à des amis du monastère et leur demande d’intervenir pour éviter le pire. Finalement Dom Gérard cède, à contrecœur probablement. On avait échappé de justesse, mais pour un temps seulement.

Pendant ces échanges téléphoniques je me trouvais à Ecône et Monseigneur m’a fait part de ses soucis. Il devait aller au Barroux pour nous prêcher une retraite, mais il ne se sentait pas à l’aise pour y aller. « Je crains, disait-il, que les paroles ne sortent pas de ma bouche ». Les rapports, comme on peut le voir, étaient tendus. J’ai fait de mon mieux pour le convaincre d’y aller. Heureusement il est venu.

Cette retraite, prêchée en 86, a fait beaucoup de bien à notre communauté. Du coup nos sœurs ont en voulu une aussi. Monseigneur la leur a prêché en 87. Elles ont été encore plus contentes que les moines, paraît-il.

Fin 86 je suis parti au Brésil avec le père Joseph Vannier pour voir un terrain qui nous était offert par un généreux bienfaiteur en vue d’une fondation. J’étais un peu soulagé de quitter le Barroux dont l’atmosphère se faisait de plus en plus lourde. On sentait le monastère glisser sur une mauvaise pente.

Le 3 mai 1987 le monastère de Sainte Croix est officiellement fondé. Dom Gérard vient nous visiter en septembre de la même année, pour la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Mgr. Lefebvre lui avait, malgré tout, confié une importante mission : celle de sonder Mgr. de Castro Mayer pour savoir s’il aurait quelques prêtres de Campos qui pourraient être sacrés à Ecône. Bien que je fusse présent je ne me souviens pas de la réponse de Mgr. de Castro Mayer. Je crois qu’il n’a rien répondu sur le moment. Un laïc m’a assuré que Mgr. de Castro Mayer était plutôt favorable à l’idée, mais il a eu, au moins, une hésitation. Peut-être la date des sacres, prévues d’abord pour la fête du Christ-Roi de l’année 1987 ou une autre date de la même année, a laissé peu de temps à Mgr. de Castro Mayer pour réfléchir. En tous cas, Dom Gérard a rempli sa mission et est rentré en France.

L’année suivante Mgr. Lefebvre décide de réaliser les sacres le 30 juin à Ecône, après tous les dramatiques événements qui sont connus de tous. Dom Gérard, qui tout d’abord avait pris parti pour les sacres avec un retentissant sermon, finit par changer d’idée. Rome saisit l’occasion (si n’est elle qui a causé ce changement) pour faire des avances à Dom Gérard. Le cardinal Mayer prend contact avec le Barroux. Du Brésil je pars pour Ecône, avec ceux qui accompagnent Mgr. de Castro Mayer.

A Ecône je vois arriver le Père Basile qui me confie une mission, ou mieux, un ordre de la part de Dom Gérard. Je dois « présenter » le Père Basile à Mgr. Lefebvre parce que le Père Basile a une importante communication à faire à Monseigneur. Il s’agit, ni plus ni moins, d’expliquer à Monseigneur que Dignitatis Humanæ ne va pas contre la Tradition. Voilà où aboutissait la formation du Barroux.

Le lendemain, après le petit déjeuner, je vais trouver Monseigneur et lui explique en quelques mots l’affaire. Il était encore dans le couloir et s’apprêtait à ouvrir la porte de sa chambre. Il me répond, alors que le Père Basile se tenait un peu à distance: “Si le Père Basile n’a pas encore compris la question, il ne la comprendra jamais. De toutes façons, ce n’est pas le moment de traiter de cela”. Nous étions au 29 juin, si ma mémoire est bonne. La cérémonie des ordinations n’allait pas tarder à commencer. Malgré cela, ce même matin, j’allais être obligé de revenir chez Monseigneur pour une autre affaire à laquelle il donnera toute son attention. En effet, Dom Gérard, qui était déjà au séminaire, m’apportait des nouvelles. Dans le couloir qui longe le réfectoire d’Ecône il me parle de l’entretien qu’il a eu avec Mgr. Lefebvre à Zaitzkofen, quelques jours plus tôt. « Monseigneur est d’accord pour que nous fassions un accord avec Rome ». Sans y croire, je comprends qu’il me faut revenir chez Monseigneur, malgré l’heure. Je quitte Dom Gérard et je m’entends avec le service d’ordre qui me laisse passer. Je frappe à la porte de Monseigneur. Il me fait rentrer. Je lui raconte alors ce que Dom Gérard venait de me dire. Frappant un coup sur sa table il dit : « Je n’ai pas dit cela ! C’est très grave ! C’est très grave ! ». Pauvre Monseigneur ! Voilà qu’à la veille des sacres il devait porter la très lourde croix d’un probable « schisme » de Dom Gérard. Cela risquait de diviser la Tradition en France et de renforcer le parti des prêtres de la Fraternité Saint Pie X qui s’apprêtaient déjà à fonder la Fraternité Saint Pierre. Quelle force d’âme ne devait-il avoir pour présider sereinement aux longues cérémonies du 29 et du 30 juin, portant dans son cœur tant de soucis ? A la fin de notre bref entretien il me dit : « Faites quelque chose avec votre Père Prieur ». Il y avait peut-être un peu d’humour dans ces mots. Peut-être aussi un petit espoir que Dom Gérard ne se laisse pas totalement aveugler. Cependant il me semblait impossible pour moi d’avoir une quelconque influence sur Dom Gérard.

On m’a dit que le soir du 29 juin Dom Gérard s’est rendu à Hauterive pour la fondation de la Fraternité Saint Pierre. Le 30, en effet, il semblait excessivement excité. Pendant la cérémonie il s’est lévé, à un moment, pour aller prendre l’air. Il ne tenait pas en place.

Rentré au Barroux, après les sacres, j’ai eu la confirmation que Dom Gérard avait forcé les paroles de Monseigneur entendues à Zaitzkofen. C’est un père qui était témoin de l’entretien entre Dom Gérard et Mgr. Lefebvre qui me l’a dit. J’ai tout de même signalé à Dom Gérard ce que Monseigneur m’avait dit à Econe. J’ai reçu une réponse assez brutale : « Monseigneur, avec l’âge, perd la mémoire et le caractère ». La cassure était consommée. Ce qui allait suivre ne serait que la conséquence.

Dom Gérard détruisait ainsi son œuvre. Cette œuvre, malgré ses lacunes, n’en était pas moins une belle œuvre. Les offices y étaient dits avec beaucoup de soin, les vertus monastiques y étaient en honneur et nous avions de très bonnes vocations qui nous venaient des familles vraiment catholiques et traditionnelles. Chez nos sœurs aussi, il y avait de très bonnes religieuses.

Dom Gérard avait voulu faire un monastère traditionnel, mais il lui manquait une compréhension approfondie de la crise actuelle. Dom Gérard voyait la nécessité de garder la messe de toujours ; de garder les observances monastiques, mais il ne voyait pas assez le danger du modernisme et du libéralisme. L’aspect le plus profond de la crise actuelle lui échappait. Tout cela nous permet de mieux mesurer la valeur de Mgr. Lefebvre et de son œuvre. C’est Monseigneur qui a vu juste, c’est Monseigneur qui a discerné le mal, c’est lui qui a sondé toute la gravité de la crise. Monseigneur a eu une vision vraiment de foi, une vision théologique au sens le plus précis du mot. Cela manquait à Dom Gérard qui, comme Jean Madiran, voyait plutôt la défection des évêques que celle, helàs, des Papes conciliaires.

Entre-temps j’étais retourné à Santa Cruz. Je savais que quelque chose se préparait au Barroux. Dom Gérard, après les sacres, avait évité la rencontre avec Mgr. de Castro Mayer qui était allé au Barroux pour le voir. Dans la communauté plusieurs étaient inquiets. Chez nos sœurs aussi le climat était tendu.

Quand la nouvelle des accords est arrivée nous nous y attendions déjà. Nous avons d’abord pensé à quitter Santa Cruz et tout laisser à Dom Gérard et à ceux qui voulaient le suivre. Une lettre de Mgr. Lefebvre nous a fait changer d’idée et nous avons gardé Santa Cruz dans le giron de la Tradition avec l’aide de laïcs, en particulier de Maître Júlio Fleichman qui, cependant, devait, dans la suite, raconter ces événements d’une manière inexacte nous obligeant à protester contre sa version des faits.

Dom Gérard, venu au Brésil, a dû repartir sans obtenir ce qu’il espérait.

Après ces douloureux événements nous n’avons plus eu de contacts avec lui. Par contre Mgr. Lefebvre est devenu de plus en plus ce qu’il est pour tous les catholiques fidèles, c’est-à-dire, l’évêque fidèle successeur des apôtres qui nous a donné la doctrine et les sacrements de Notre Seigneur Jésus Christ pour le salut de nos âmes. A lui notre éternelle gratitude.
fr. Thomas d’Aquin OSB"


Source: Supplément N°3 au bulletin des Amis du monastère de Santa Cruz


Dernière édition par Gentiloup le Mar 2 Oct 2012, 19:55; édité 2 fois
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tropdenoms
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MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 17:55    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

Oh, merci GL pour les précisions! Okay
Très intéressant le récit de Don Thomas d'Aquin! 
La dérive de ce monastère que Mgr Lefebvre avait tant aidé empire. 


Superbe de savoir toute la genèse de l'histoire de ce moine, Basile Valuet, qui a mis le pied de Don Gérard Calvet à l'étrier du Concile  
Citation:
A Ecône je vois arriver le Père Basile qui me confie une mission, ou mieux, un ordre de la part de Dom Gérard. Je dois « présenter » le Père Basile à Mgr. Lefebvre parce que le Père Basile a une importante communication à faire à Monseigneur. Il s’agit, ni plus ni moins, d’expliquer à Monseigneur que Dignitatis Humanæ ne va pas contre la Tradition. 


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Chrysogonus
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MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 18:36    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

  Ce document est vraiment très intéressant. Merci Gentiloup.
  Ce qui n'est pas explicable, c'est que des personnes qui ont été vaccinées contre l'erreur soient atteintes par l'épidémie de libéralisme conciliaire. Il pensent être en bonne santé, et ne voient pas les premiers symptômes de la contamination qui finira par les emporter.


  J'ai oublié de vous souhaiter à tous un saint mois du Rosaire, je ne veux pas encombrer le forum d'un message spécifique, alors :
  Bon et saint mois du rosaire en union de prière à Notre-Dame médiatrice de toutes grâces .
  Les intentions pour réciter plus de dizaines ou avec plus de ferveur  ne manquent pas.
  Je ne vais pas lancé une intention générale, parce que ce serait faire concurrence au "Rosaire Vivant", sans oublier la Croisade du Rosaire avec une journée de rosaire continue pour chaque chapelle, et la confrérie du Rosaire des Dominicains.


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N.M.
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MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 20:11    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

La présentation du problème de la liberté religieuse que fait Dom Basile Valuet est vraiment malhonnête.

Tout d'abord il suffit de consulter - et a fortiori de lire - les dubia présentées à Rome par Mgr Lefebvre pour se rendre compte que ce dernier n'attribue pas à Vatican II la prédication d'un droit positif à l'erreur, mais bien l'enseignement d'un droit négatif.

- C'est-à-dire (droit négatif) le droit de ne pas être empêché (par la puissance publique) de pratiquer publiquement sa religion, donc y compris une fausse religion.
- Et non pas (droit positif) une licence - ou plus fort encore un droit moral -  à pratiquer publiquement sa religion.

Et en effet - et là Dom Basile a raison - Vatican II enseigne un droit négatif à la liberté religieuse. Sauf que les Dubia ne disent pas autre chose !

Et ceux qui étaient visés par les condamnations de Grégoire XVI et Pie IX, à savoir Lamennais dans sa phase catholique libérale (donc avant sa phase apostate) et Montalembert ne soutenaient pas autre chose non plus que ce droit négatif à ne pas être empêché par l'Etat de pratiquer publiquement sa religion.

Le tour de bonneteau de Dom Basile consiste à vouloir faire croire (pour exonérer Vatican II) que Grégoire XVI et Pie IX se sont contentés de condamner un droit positif. C'est rigoureusement inexact. Et le contexte le prouve amplement. Mais il faut dire que Dom Basile est allé jusqu'à soutenir que les discours de Montalembert au congrès de Malines, qui en effet ne soutenaient qu'un droit négatif à ne pas être empêché de pratiquer publiquement sa religion, n'avaient pas été l'occasion de la condamnation portée par Pie IX dans Quanta Cura. Affirmation grossièrement fausse.

Je me permets de reprendre ci-après quelques éléments que j'avais publiés sur le Forum catholique.  

A la fin de l'année 1863 (cf. G. Martina, "Nuovi Documenti sulla genesi del Sillabo", in Archivum Historiae Pontificae, 6, 1968), le barnabite Luigi Bilio, consulteur du Saint-Office, est chargé d'examiner les discours de Montalembert. Son travail est examiné par les membres du Saint-Office en janvier 1864.

Sur la lancée de l'examen des discours de Malines, Bilio présente au Saint-Office, en mai 1864, sa "Censure théologique de cinq propositions relatives à la liberté de culte et de presse et à la coercition matérielle pour motif religieux". Le mémoire de Bilio est approuvé par le Saint-Office, en date du 8 juin 1864.

En août 1864, Pie IX consulte le Saint-Office. Les Cardinaux Inquisiteurs concluent à la nécessité de la condamnation des thèses de Montalembert, et proposent pour ce faire la publication par le Pape d'une Lettre-Encyclique. Pie IX se rend aux avis du Saint-Office le 12 août 1864.

Bilio est à nouveau le maître d'oeuvre.

Le 28 septembre 1864, Pie IX confie à Bilio la rédaction de la prochaine encyclique. Une liste de 84 propositions condamnées est adjointe par Bilio : le fameux Syllabus.

L'encyclique "Quanta cura" et le "Syllabus" sont promulgués par Pie IX le 8 décembre 1864.


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N.M.
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MessagePosté le: Mar 2 Oct 2012, 20:38    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

De surcroît, c'est un peu fort de café de soutenir qu'en 1965 on ne se trouvait plus nulle part en régime de Chrétienté. Rien qu'en Europe l'Espagne de Franco reconnaissait dans sa constitution l'Eglise catholique comme religion d'Etat et interdisait la manifestation publique des autres cultes. C'est précisément en application de Vatican II que la constitution fut révisée en 1967, garantissant désormais le droit à ne pas être empêché de pratiquer publiquement sa religion... avant de déboucher sur la complète "déconfessionnalisation" de l'Etat espagnol par la constituion de 1978, sans que ni la Rome postconciliaire ni l'épiscopat espagnol - à l'exception de l'évêque de Cuenca - n'y trouvent officiellement quelque chose à redire.

[ Modération: Les deux articles successifs de N.M. en réponse à Dom Basile Valuet du Barroux sont versés aux archives à la suite de l’article de Don Thomas d'Aquin et de la déclaration de dom Basile, ici : Un évêque s'est levé! Index du Forum -> ARCHIVES -> COMMUNAUTES ECCLESIA DEI->
Dom Gérard Calvet par Don Thomas d'Aquin - Don Basile du Barroux et réponse par N.M.]


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Chrysogonus
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MessagePosté le: Mer 3 Oct 2012, 21:03    Sujet du message: Le Barroux reconnaît Vatican II, suivi de l'histoire du ralliement par Don Thomas d'Aquin-Brésil Répondre en citant

Merci N.M.
Vos connaissances sont très appréciables.


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